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23 novembre 2014 7 23 /11 /novembre /2014 17:28

J'ai choisi de reprendre in-extenso le titre de France-Guyane du 20 Novembre 2014. Je vous encourage à le lire avant de tenter de comprendre pourquoi "Cayenne, c'est une image" est très loin d'être anodine et puisque le maire d'Yerres n'a pas choisi de citer une autre ville de l'Essonne.

Passé un moment de sidération, je pense que nous devons faire quelques pas à rebours dans l'histoire de France.

L'histoire des bagnes en France est ancienne. Nous nous intéresserons uniquement au moment où les bagnes maritimes continentaux français vont être transférés de Toulon, Cherbourg, Brest et Rochefort vers Cayenne (Guyane, 1852) et Nouméa (Nouvelle Calédonie, 1869).

Officiellement, c'est le décret du 8 décembre 1851 qui créait une colonie pénitentiaire à Cayenne: " Le Président de la République sur proposition du ministre de l’Intérieur. Considérant que la France a besoin d’ordre, de travail et de sécurité, que depuis un trop grand nombre d’années la société est profondément inquiétée et troublée par les machinations de l’anarchie, ainsi que les tentatives insurrectionnelles des affiliés aux sociétés secrètes et repris de justice toujours prêts à devenir des instruments du désordre; Considérant que, par de constantes habitudes de révolte contre toutes les lois, cette classe d’hommes, non seulement compromet la tranquillité, le travail, l’ordre public, mais encore autorise d’injustes attaques et de déplorables calomnies contre la saine population ouvrière de Paris et de Lyon; Considérant que la législation actuelle est insuffisante, et qu’il est nécessaire d’y apporter des modifications, tout en conciliant les devoirs d’humanité avec les intérêts de la sécurité générale, décrète :

  • Article 1 : Tout individu placé sous la surveillance de la haute police et qui sera reconnu coupable de rupture de ban, pourra être transporté, par une mesure de sûreté générale dans une colonie pénitentiaire, à Cayenne ou en Algérie. La durée de la transportation sera de cinq années au moins et de dix ans au plus."

Le gouvernement de Louis Napoléon-Bonaparte n'a pas mis longtemps à choisir ses lieux de détentions. Les colonies françaises ont bien souvent servi pour envoyer loin du pouvoir central des personnes dérangeantes. Durant un temps ce sont les prostituées, les cadets de familles gênants qui vont être envoyés dans les colonies mais Cayenne va être rapidement distinguée comme particulièrement appropriée dès la Révolution Française.

Car les colons européens ne survivent pas longtemps à Cayenne, dans son livre: "Les Bagnes: Rochefort". (Gagniard de 1830), vous pouvez lire: "Il y a soixante-quatre ans, sur douze mille émigrés, la plupart Lorrains, gens honnêtes, paisibles et laborieux, qui s'embarquèrent pour la Guiane, trois mille seulement échappèrent à la mort. Le nom de Cayenne est encore environné de terreurs populaires. Lorsque le Directoire déporta une longue liste de proscrits en moins de deux mois, dit l'un des plus illustres de ces déportés, M. Barbé-Marbois, la moitié avait cessé de vivre."

En s'appuyant sur le décret de 1851, puis sur celui de mars 1852, la France ouvrit donc le bagne à Cayenne. La législation nationale sera complétée en 1854.

Alors "Cayenne, c'est une image"? Oui, certainement le reflet de la politique pénitentiaire française de l'époque coloniale.

En tout cas durant la Seconde Guerre Mondiale, le fils de la colonie pénitentiaire de Guyane, Félix Eboué est gouverneur du Tchad: "Il fait connaître au général de Gaulle dès le 29 juin 1940 la volonté des Français du Tchad de continuer la guerre. Eboué prépare les esprits. Son action pacifique permet le ralliement du Tchad le 26 août 1940, un choix d'autant plus courageux que ses enfants sont encore en métropole et font figure d'otages" (Extrait du catalogue de l'exposition "L’Outre-mer français dans la guerre 39-45". Paris Musées, 2011).

Alger, ancienne colonie pénitentiaire, deviendra en 1943 capitale de la France Libre.

Nouméa, où ont été emprisonnés les Communards, deviendra le camp d'entraînement du célèbre bataillon du Pacifique, connu aussi sous le nom de "Bataillon des Guitaristes" créé le 21 avril 1941, avec les volontaires Tahitiens, Calédoniens, et autres français des Nouvelles-Hébrides. Ils iront combattre bien loin de leurs terres à Bir Hakeim.

Cayenne, sera comme les Antilles, placée sous l'autorité de Vichy. La Guyane française se ralliera à la France libre en 1943. Les militaires Etats-uniens y battirent à l'époque un aéroport auquel ils souhaitèrent donner le nom de Jean-Baptiste Donnatien de Vimeur, comte de Rochambeau qui combattit durant la Guerre d'Indépendance des Etats-Unis aux côtés des Etats-uniens. Cet aéroport porte désormais le nom de Félix Eboué.

Nous reconnaissons au moins que M. Dupont-Aignan a été mis au courant de l'indépendance de l'Algérie, reste donc Cayenne pour répondre aux souhaits de sécurité de M. Dupont-Aignan. En attendant celui qui proposera de rouvrir la léproserie de La Désirade pour les djihadistes malades.

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Published by Myriam Alamkan - dans Novembre 2014
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commentaires

serrurier paris 24/11/2014 23:01

J'apprécie votre blog , je me permet donc de poser un lien vers le mien .. n'hésitez pas à le visiter.

Cordialement