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31 janvier 2015 6 31 /01 /janvier /2015 10:02

J'ai passé une longue semaine à Paris à lutter contre le froid. Et depuis ma caverne, je poursuis la rédaction de mes articles en pensant à mes chères îles. Car ce matin, il fait un superbe soleil d'hiver! Je le préfère à la glace et à la pluie mêlée d'hier.

Nous nous sommes quittés la semaine dernière, après avoir évoqué Goldfinger et le Tan Robert en Martinique. En Guadeloupe, la France de Vichy avait le visage de Constant Sorin, le Tan Sorin est synonyme pour notre archipel de la Seconde Guerre Mondiale.

Deux aspects de la Seconde Guerre Mondiale: Goldfinger et le trafic de morue! (2)

"Le French Colonial Supply Mission, la Mission des Colonies et la réorganisation de l’approvisionnement en morue de la Guadeloupe entre 1943 et 1945.

Par Myriam Alamkan

Association Trésors du Patrimoine

Pour la majorité des Guadeloupéens, la Seconde Guerre Mondiale est étroitement liée à la personnalité du gouverneur Constant Sorin (1940-1943), demeurer fidèle à Vichy tout comme l’ensemble des gouverneurs des colonies françaises d’Amérique. Le « tan Sorin » (littéralement, temps Sorin, en français) est synonyme de rationnement, de trocs et de la recherche de l’autosuffisance de la colonie. Plusieurs analyses sont disponibles sur le « tan Sorin » mais très peu s’intéressent à la période où la Guadeloupe a rejoint le camp de la France Libre.

Pour la morue, il ne peut être question d’autosuffisance. Elle était principalement importée depuis les pêcheries françaises au large du Canada. Or le Canada, mais aussi Saint-Pierre et Miquelon à partir de du 24 décembre 1941, sont dans le camp opposé à Vichy, privant, en théorie, la Guadeloupe de ses sources historiques d’approvisionnement.

Le 15 juillet 1943, les colonies françaises des Antilles rejoignent officiellement le Comité Français de la Libération Nationale, il faut donc réorganiser les approvisionnements des Antilles par des canaux originaux, notamment en ce qui concerne la morue. Entre 1943 et 1945, c’est une administration particulière qui sera chargée d’organiser, depuis New York, les approvisionnements : le French Colonial Supply Mission ou la Mission Française des Colonies.

La documentation lacunaire disponible aux Archives départementales de la Guadeloupe, nous aidera à mieux comprendre les enjeux de cette réorganisation complexe qui depuis les bancs de Terre Neuve à la livraison en Guadeloupe fait intervenir outre la Mission des Colonies, un importateur portoricain pour le compte du gouverneur de la Guadeloupe. La mission a fonctionné entre 1943 et l’immédiat après-guerre. Certains dossiers ne sont officiellement clôturés qu’en 1947. Elle avait la charge de centraliser les commandes passées par les gouverneurs des colonies pour trouver des produits de toutes sortes tel, les pièces mécaniques pour les usines fabricants le sucre de canne, les seringues pour les hôpitaux, du tissu, des tee-shirts mais aussi, de la morue

La morue dans les approvisionnements ordinaires de la Guadeloupe 1939-1943.

Durant les années Trente, le commerce colonial a peu changé pour le commerce de la morue salée : « Poursuivant un trafic triangulaire séculaire, certains voiliers de grande pêche quittent les ports métropolitains avec un chargement de sel destiné à la flottille morutière de Terre Neuve, chargent la morue salée de Saint-Pierre et Miquelon et la livrent aux Antilles. Là ils chargent, notamment du rhum en futs, pour la métropole. [1]» L’entrée en guerre de la France aura bien entendu des conséquences sur l’approvisionnement de ses colonies et particulièrement en ce qui concerne la morue.

... ... ...

[1] Roger JAFFRAY, coordonnateur, Fédération Nationale du Mérite Maritime et de la Médaille d’honneur des marins. « Les transports maritimes aux Antilles et en Guyane Françaises depuis 1930 ». L’Harmattan, 2009."

Extrait des actes des Vème Journées de la Grande Pêche, Société d'Archéologie et d'histoire de la Manche.

Deux aspects de la Seconde Guerre Mondiale: Goldfinger et le trafic de morue! (2)

Je sais que pour la plus part de mes lecteurs, le trafic triangulaire est synonyme de traite négrière transatlantique. Cependant, en histoire maritime il n'existe pas qu'un seul type de trafic triangulaire. Le commerce morutier a longtemps été un commerce triangulaire. Un bâtiment unique était utilisé pour le transport du sel depuis les ports européens, vers Terre-Neuve puis de la morue était acheminée vers les Antilles et la Guyane et des Antilles partaient le rhum et le sucre.

Pour illustrer notre propos voici une carte montrant le commerce triangulaire mis en place par Jean Talon, premier intendant de la colonie de la Nouvelle-France entre 1665 et 1672. Elle montre la diversité des produits transportés suivant le modèle triangulaire, en plus de la morue et autres poissons salés.

Les campagnes de pêche à la morue étaient particulièrement longues et ont laissé de multiples traces dans la culture française et antillo-guyanaise. Mais nous ne nous intéressons ici qu'à l'aspect culinaire, une autre fois nous parlerons des chants de marins.

Carte, manuel scolaire, Le Québec, une Histoire à suivre p.95, édition le Grand Duc

Carte, manuel scolaire, Le Québec, une Histoire à suivre p.95, édition le Grand Duc

La morue est indissociable de la culture gastronomique antillaise et guyanaise. Toutes les familles ont leurs recettes. Et quasiment personne ne songe au processus qui a conduit ce poisson des mers froides à devenir un fleuron de la cuisine sous les tropiques. C'est ce questionnement qui m'a conduit à m'intéresser à ce que je nomme "la tropicalisation de la consommation de la morue" et qui a été le titre de ma première communication sur l'histoire de la consommation de la morue en Guadeloupe.

De ce travail de recherche j'en ai tiré une conférence gourmande que notre association Trésors du Patrimoine organise régulièrement en Guadeloupe pour faire découvrir l'histoire et les pratiques culinaires liées à la morue: "Mi Mori!" est une rencontre histoire et cuisine.

Nous avons reçu pour cela l'aide de plusieurs chef cuisiniers: Alexandre Rémy du Brésil et les chefs guadeloupéens Joël Kichenin et Jocelyn Corvo qui ont partagé leurs recettes avec le public et rendu chacune de nos rencontres des délices culinaires. Merci de leur aide.

Bientôt, la prochaine rencontre Mi Mori! sera peut-être près de chez vous, n'hésitez pas à vous abonner au blog pour ne pas rater la prochaine date. Car je rentre en Guadeloupe ce week-end et enfin, je retrouverais le soleil et l'humidité de mes îles.

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Published by Myriam Alamkan - dans Janvier 2015
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