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26 février 2016 5 26 /02 /février /2016 16:29

La dernière fois que je suis allée à la Pointe Simon, c’était pour voir d’un peu plus près la Tour Lumina ou la tentative de Fort-de-France de se doter d’un immeuble d’acier, de verre, et de béton qui détonne dans le paysage. Je suis peu sensible aux immeubles modernes. Et de toute façon, je préfère les bateaux donc, je voudrais évoquer avec vous le bac de la Pointe Simon.

Aujourd’hui la Pointe Simon abrite un appontement de 300 mètres dévolu à l’accueil des bateaux de croisières mais cela n’a pas toujours été le cas. En 1813, la Pointe Simon servait au petit cabotage avec le centre-ville de Fort-de-France.

Voici un extrait du Code de la Martinique du 25 novembre 1813 :

« Ce bac étant une propriété particulière ainsi que le chemin auquel il conduit, et les dépenses qu’il occasionne se trouvant à la charge des propriétaires, il est juste que ceux qui voudrons profiter de l’agrément que procure cette embarcation, au lieu de se servir du chemin royal et public, dédommagent les propriétaires dudit Bac en satisfaisant au péage suivant le tarif ci-après, que nous avons approuvé et approuvons pour être exécuté sous les peines de droit par toutes personnes de quelque qualité et condition qu’elles puissent être et qui se serviront du Bac sous quelques prétexte que ce soit.

TARIF

Un cavalier avec son cheval, (à chaque passage) 4 sous marqués.

Un blanc à pied, à chaque passage 2 sous marqués.

Un homme de couleur libre, 1 tempé.

Pour 1 esclave, 1 sous marqué.

Ceux qui le préféreront feront leur abonnement séparé avec les propriétaires.

Mandons aux officiers de justice et de police, de tenir la main à l’exécution du présent ordre. Donné au Fort-Royal, le 25 novembre 1813. »

Les sous marqués ont laissé quelques souvenirs dans le créole guadeloupéen. Le soumaké (Senna bicapsulairis) a ses feuilles qui rappelle la forme de la pièce dite « sous marqué ». C’est peut-être pas la seule explication à ce nom mais elle est, reconnaissons-le, est fort à propos.

Après cet intermède botanique et la découverte de la chaîne youtube du Conseil Général de la Guadeloupe que je découvre aujourd’hui grâce à vous retour à l’histoire monétaire des îles. La Martinique tout comme la Guadeloupe avait des difficultés pour faire l’appoint et payer les petites transactions. Le même phénomène se rencontrait au Canada français.

En Guadeloupe, la pièce de 2 sols soit 24 deniers était connu sous le nom de sous marqué et voilà ce qu’en dit Alain Buffon dans son ouvrage « Monnaie et crédit en économie coloniale : contribution à l’histoire économique de la Guadeloupe 1635-1919 (Société d’histoire de la Guadeloupe, 1979):

« Edit d’octobre 1738, fabrication pour le royaume de pièces de double sols de 24 deniers ; cette pièce circule aux Antilles au cours de 2 sols 6 deniers et sous le nom de marqué ou noir où noir où elle servit pendant de nombreuses années à couvrir les besoins en menue monnaie.

Edit de janvier 1763 : « lesdites espèces (de juin 1721 et de décembre 1730) se trouvant presque entièrement épuisé, et nos colonies ayant besoin plus que jamais de menues monnaies qui puissent fournir aux appoints de petits détails », S.M ordonne la réformation de 600.000 espèces de billon « pour faciliter davantage le commerce et procurer plus de soulagement aux pauvres ». Ces petites espèces connurent un très gros succès aux Antilles, où elles circulèrent sous le nom de tampé (estampé= poinçonné). Pour en empêcher la sortie, une ordonnance locale du 15 juin 1764 en avait fixé la valeur à 2 sols 6 deniers. Ces précautions n’ayant pu en arrêter entièrement l’exportation, l’ordonnance du 31 mars 1765 en porte la valeur à 3 sols 9 deniers. En vain, elles circulèrent dans la plupart des petites Antilles et sur les côtes de l’Amérique du sud. » ( p 51/52).

Quel beau voyage avons-nous fais ensemble grâce au bac de la Pointe Simon: de l'histoire maritime, un peu de botanique et d'histoire monétaire!

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Published by Myriam Alamkan - dans Février 2016
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