Overblog Suivre ce blog
Editer la page Administration Créer mon blog
/ / /

C’est un type de tombe qui a tendance à disparaître à force de sépultures cimentées, plus pérennes. Les tombes décorées de conques de lambis ne sont plus très nombreuses dans nos cimetières. Créés à partir d’un coquillage, elles sont un témoignage des traditions maritimes de Martinique, de Guadeloupe, de Saint-Barthélemy. Je n’ai pas d’informations pour la partie française de Saint-Martin.

Le lambis est donc à la base un gastéropode connu actuellement sous le nom latin de Lobatus gigas ou anciennement Strombus gigas présent dans les Antilles et en Floride. Son utilisation précolombienne est avérée.  Le lambis était consommé par les Amérindiens mais outre son utilisation alimentaire qui perdure jusqu’à nos jours, ils s’en servaient comme outils : herminettes, haches, ciseaux (SERRAND, 2012) étaient fabriqués en lambis et  pouvaient entrer dans la fabrication de pirogues. Le lambis surexploité est désormais en grand danger et fait partis des espèces protégées par l’article 2 de la convention CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvage menacées d’extinction) et fait l’objet localement de restrictions de pêche.

La conque de lambis était aussi utilisée comme moyen de communication : on soufflait à travers un trou pour que le son soit amplifié par le coquillage.

Le gendarme Georges Bonnemaison livre dans son journal une description du cimetière de Pointe-à-Pitre durant son service dans la colonie entre 1900 et 1903 :

« A droite et à gauche, deux profondes vallées dont le fond et les flancs abrupts sont couverts sans aucun ordre de milliers et de milliers de petites croix en bois ou en pierre, surmontant des tumulus en cayes ou des parterres bordés de lambis, sorte de gros coquillages. » La Guadeloupe en zigzag, édition Caret 2001, page 62).

Les cimetières se sont développés dans les colonies de Guadeloupe et de Martinique après que le le Roi ait mis fin à la pratique ancienne d’inhumation dans les églises.

Raymond Boutin explique que « les localisations actuelles des cimetières sont, pour l’essentiel, un héritage su XIXème siècle. Cela signifie que les plus anciens ont disparu » (Boutin, Patrimoine de Guadeloupe, revue de la Société d’histoire de la Guadeloupe, 1998, page 9). Je n’ai pas beaucoup de sources complémentaires pour la Martinique. Cependant, le cimetière de la Levée dit « cimetière des riches » à Fort-de-France est le plus ancien. Selon la revue  « Regard croisés, cimetières et modes d’inhumer » éditée par l’Agence d’Urbanisme et d’Aménagement de la Martinique en 2007 c’est après l’interdiction d’enterrer les morts près de l’église que des concessions funéraires ont été achetées près de l’hôpital militaire pour constituer l’ensemble dit « cimetières des riches ».

Pour comprendre un peu mieux les pratiques funéraires au 18ème siècle pour les deux colonies, un petit coup d’œil dans le "Supplément au Code de la Martinique, seconde partie" (édition 1772, Imprimerie P. Richard, Saint-Pierre) qui montre qu’un ordre royal du 1er avril 1768 préconise que soit mis fin aux inhumations dans les églises de Martinique sauf dérogations visée à l’article 1. Dans son préambule, le Roi indique que : « Sa Majesté étant informée que la plûpart des Habitans de la Colonie de la Martinique désireroient avoir leur sépulture dans les Eglises. Elle a jugé convenable de leur accorder cette distinction, en la restreignant néanmoins à un très petit nombre, à cause du mauvais air que les sépultures trop fréquentes dans lesdites Eglises, pourroient occasionner… » (Orthographe originale). En Guadeloupe, un règlement dans le même sens a été pris le 22 décembre 1753 (Bégot, Patrimoine de Guadeloupe, revue de la Société d’histoire de la Guadeloupe, 1998, page 23) pour interdire l’inhumation dans les églises.

Les règles d’inhumation suivent également la distinction entre libres et esclaves et se double également de différences entre riches et pauvres. Ainsi un Habitant disposant de deux mille quatre cents livres (argent d’Amérique) peut demander à être inhumé dans une église (article 2, règlement royal 1er avril 1768) bien qu’il ne fasse pas partie des personnalités visées par l’article 1 à être inhumés de droit dans l’église.

Le règlement et le tarif général de Louis de Thomassin, chevalier et marquis de Peinier gouverneur général des ïles françaises du Vent indique que la levée du corps dans les villes et bourgs est facturée 12 livres, le même montant pour un enterrement et une inhumation « simple ». En revanche, un « nocturne ou les vêpres des morts » est facturé 7 livres et 10 sols, « pour un enterrement solennel avec diacre, sous diacre, chappe et encens » 18 livres. La levée du corps et l’inhumation des pauvres est gratuite.

Pour l’inhumation, il faut payer pour l’ouverture d’une fosse dans un cimetière la somme de 2 livres à la fabrique alors que les pauvres l’ouverture est gratuite. Notez que l’ouverture pour une fosse pour les esclaves coûte 15 sols. Je vous fais grâce des autres frais annexe dû à la fabrique, c’est-à-dire à l’assemblée des clercs et laïcs en charge des biens de l’église

Revenons à nos tombes en lambis. Les conques peuvent être facilement collectées puisqu’elles sont conservées après que sa chair ait été consommée. Ce type de tombe est présent dans les cimetières de bord de mer ou de ville. La revues « Regards croisés », précédemment citée indique également que  des tombes dont les plates-tombes sont en conques de lambis sont présentes en Martinique à Case-Pilote et au Diamant.

Vous pensez peut-être que ce type de tombe était réservé aux pêcheurs des îles. Il n’en est rien.  Trois tombes en sable et lambis sont conservées au cimetière de Port-Louis (Guadeloupe) elles sont la dernière demeure de trois religieuses venues de France et nommées « âmes spirituelles ». Elles sont considérées comme des sépultures datées du 19èmes siècle (Le patrimoine des communes de la Guadeloupe, éditons Flohic 1998, page 260). Vous pouvez trouver cela étrange que des tombes en lambis peuvent être aussi anciennes car soumises aux éléments, la conque finie par être abimée et détruite. Cependant,  durant les fêtes de la Toussaint, les tombes y compris celles en lambis sont nettoyées et décorées. Les strombes abîmés sont remplacés, nous disons en Guadeloupe qu’on relève les tombes. Donc on peut avoir des tombes du 19ème siècle que des petites mains, du 20ème siècle et du 21ème continuent  à entretenir. Actuellement des familles de toutes origines ethniques peuvent avoir des tombes en conques. A Saint-Barth’ où la majorité de la population actuelle de l’île est « blanche », il existe des tombes en conques de lambis pour des « blancs ». 

N’hésitez pas à nous faire connaître les tombes en conques de lambis, plus anciennes de Martinique, de Saint-Barthélemy, voire de Saint-Martin. Fragiles elles sont menacées car toutes ne sont pas nécessairement refaites à l’identique, nous devrions toutes pouvoir les conservées  car elles sont pourtant le témoignage vivant de notre héritage amérindien.

Partager cette page

Repost 0
Published by Myriam Alamkan - dans Novembre 2016