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J’aime ces affirmations inspirées…et fausses. Elles sont l’occasion de mettre en action mes petites cellules grises et me transforment immanquablement en Hercule Poirot, moi qui ne suis ni Belge, ni homme, ni encore moins moustachu !

C’est qu’il faut l’habilité de cet homme pour rassembler dans la scène finale tous les protagonistes du roman pour enfin trouver le meurtrier dans cette fameuse scène qui est la marque de fabrique d’Agatha Christie. Car Poirot, lui réfléchit là ou d’autres convoquent la science. Mais nous aurons ici également recours à un peu de science humaine cette fois : l’histoire.

Le ou les Guadeloupéens du XXIème siècle ne sont que les héritiers des générations nées durant les siècles précédents. Cela fait beaucoup de personnes à convoquer dans notre salon imaginaire autour d’une bonne tasse de thé-pays. Grossièrement, nous allons convoquer nos ascendants Européens, Africains, Amérindiens bien que je n’oublie en aucune façon nos ascendants venus d’Inde, de Chine, du Moyen-Orient… Mais Hercule Poirot ne convoque jamais un village, ou une ville en entier, nous ferons de même.

Convoquons donc, un groupe d’humain dont nul ne songe à disputer leur affection à la mer : les marins. Vous penseriez quoi de cette affirmation : les marins n’aiment pas la mer…d’ailleurs ils ne savent pas nager ? Une hérésie n’est-ce pas ? Les marins aiment la mer ! Cependant question nage, je vais citer un livre « Le cavalier bleu » d’Olivier Le Carrer dont vous pourrez lire un extrait en ligne. Il intitule un de ses chapitres : « Les vrais marins ne savent pas nager » (Olivier Le Carrer : 2004). Etrange ? Non car l’auteur de cette citation prends le soin d’expliciter plus loin dans sa démonstration que du temps de la marine à voile et donc à distance de la côte, lorsqu’un marin tombe à la mer, le fait de savoir nager prolonge son agonie et n’est pas un avantage. Un bateau n’a pas de frein et la manœuvre pour tenter de récupérer un homme à la mer n’est guère aisé.

La nage et la pratique de la natation en Europe vont se développer non pas comme moyen de secours mais comme loisirs au court du 20ème siècle. Le développement de la nage de loisirs puis sportive est à rapprocher des avancées obtenues par les salariés français relatifs à la durée du travail. Le temps des loisirs se développe. Les Français découvrent et redécouvrent le bord de mer. La nage de loisirs devient incontournable et les peintres de la fin du 19ème siècle nous en laisseront de nombreux témoignages.

En Guadeloupe, le mouvement vers la nage de loisirs puis sportive suivra un développement assez similaire. Mais les Guadeloupéens ne sont pas que de tradition et de culture française. Nous ne pouvons comprendre la pratique de la nage en Guadeloupe sans évoquer les apports Africains et Amérindiens.

Les Africains réduits en esclavage en Guadeloupe arrivent avec un certain nombre de savoir. Savent-ils nager? Les ethnies concernées par la traite négrière transatlantique ne sont pas toutes directement installées au bord de mer. Ce que nous observons, en Guadeloupe, c’est l’existence d’esclaves avec un talent maritime : les nègres de canots et au détour des épaves échouées près du bord de mer, nous trouvons la mention de nègres plongeurs. Je garde en mémoire le souvenir de la gratification accordée par la colonie de la Guadeloupe à quelques valeureux nègres plongeurs : double ration de rhum ! Nous étions au début du 19ème siècle, bien avant la fondation des clubs de plongées officiels.

Des Amérindiens vivants aux Antilles nous avons hérité de plusieurs techniques maritimes mais la capacité de nageur de ces populations n’a cessé de surprendre les premiers chroniqueurs historiques. Ils notaient que les piètres qualités de navigation de leurs pirogues n’étaient pas un problème pour eux car si leur pirogue se renversait, ils étaient capables de nager pour récupérer leurs paquets puis reprendre leur navigation après avoir récupéré leurs pirogues.

Mais alors si la pratique de la nage n’est pas un bon critère pour mesurer l’attachement des Guadeloupéens à la mer, nous méritions tous d’en savoir un peu plus sur notre histoire maritime pour pouvoir identifier d’où provient cette phrase. Il s’agit pour moi d’une réflexion venue de la fin du 20ème siècle et d’Europe d’où beaucoup de personnes ignorent le passé des populations insulaires Américaines.

Nous ne serions jamais assez. Jamais assez bon marins et charpentiers de marine pour avoir créé un excellent petit bateau qui est aujourd’hui connu sous le nom de Saintoise. Il faut alors trouver un Breton mythique pour nous avoir enseigné comment faire des bateaux. Le fait que depuis plusieurs années, les généalogistes et historiens ont pu prouver que le mythe des Saintois descendants de Bretons est faux et qu’il n’y a pas aux Saintes plus de Bretons qu’ailleurs en Guadeloupe. Nous nous heurtons à ce cliché présent dans de nombreux guides touristiques avec la même régularité que les vagues à la Pointe-des-Chateaux (Saint-François). Autour de mon cou, je porte ma triskell en hommage à mes ancêtres Bretons. Je sais ce que nous devons aux marins Français dans notre tradition maritime mais ce n’est clairement pas notre seule source

de nos savoirs actuels.

Vous lirez certainement avec plaisir la somme que j’ai consacré à la fabrique de bateaux traditionnels, ici en Guadeloupe en incluant l’ensemble des embarcations qui ont accompagné notre histoire. Car si vous interrogez les anciens vous découvrirez l’importance du déplacement en bateau au cours du 20ème siècle. Les derniers caboteurs transportant des passagers ont disparu durant les années 1960 lorsque la route relia Deshaies au reste du réseau routier de la Guadeloupe « continentale » (J’adore cette expression ! Reflet de la préoccupation des autres îles formant l’archipel de désigner avec précision les deux îles principales parce que historiquement la Guadeloupe c’est seulement l’île connue aujourd’hui sous le nom de Basse-Terre…bon je vous raconterai un autre jour notre rêve de continent !)

Nous ne serions jamais assez conscients de la beauté de l’océan parce que nos maisons tourneraient le dos à la mer…Sans jamais se rendre compte que de nos connaissances ancestrales nous ont enseigné ici le dégât que le vent peut causer à nos habitations donc nous avons adapté nos constructions aux risques de tempêtes et de cyclones.

Nous ne serions jamais assez amoureux de la mer, nous qui célébrons l’eau avec une régularité telle que Pâques et Pentecôte nous trouvent soit au bord de mer soit au bord de rivière pour de grandes rencontres familiales et amicales. Rappelons-nous de ces Guadeloupéens partis à la Dissidence sur les « coquilles de noix » qui ont pris la mer pour aller combattre durant la Seconde Guerre Mondiale à l’appel du « Général Micro ». Leurs peurs n’ont pas été un obstacle à leur souhait de combattre.

J’aime la mer et j’ai recueilli aussi des témoignages de familles guadeloupéennes qui ont peur de la mer. Certaines de ces peurs sont nées avec des récits dramatiques de disparitions en mer d’un proche d’autres plus sourdes font écho à la traite négrière ou conditions de voyages des immigrants venus à la fin du 19ème siècle. A côté de ma triskell, il y a un petit éléphant représentant mes ancêtres indiens, mais aussi une étoile pour ceux qui sont venus du Brésil et un dauphin pour symboliser ma chère Guadeloupe en attendant de compléter un jour mon « Collier des Ancêtres », lorsque j’irais en Afrique.

Je remercie l’ensemble des personnes qui ont pris leur temps de me confier leurs souvenirs et leurs témoignages sur la mer qui ont nourrit et continueront à nourrir ma réflexion de chercheur et alimenter ainsi mes petites cellules grises.

Les Guadeloupéens n'aiment pas la mer...d'ailleurs ils ne savent pas nager!

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Published by Myriam Alamkan - dans Novembre 2014