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26 juin 2010 6 26 /06 /juin /2010 12:53

ara00015[1]J’aime particulièrement, la lecture des dictionnaires. Prenons par exemple un mot très banal comme l’adjectif « antillais ». Selon, le dictionnaire en ligne « Trésors de la langue française informatisé » (Tlfi), sa première utilisation attestée remonte en 1898. Avant cette date seule les populations indigènes étaient nommées par l’adjectif caraïbe, comme cela est attesté dès 1536. Le mot nous est venu de l’espagnol.

Avant 1898, il n’y avait donc pas d’antillais ? C’est bien plus complexe que cela. Nous avons tous d’abord été les habitants des Indes occidentales. Enfin le mot habitant dans ce contexte historique peut aussi être sujet à interprétation. Au début de la colonisation, des Indes Occidentales, un habitant était un cultivateur. Nous devons préciser un cultivateur européen. Les premiers européens cultivateurs en Guadeloupe ont donc été nommé les habitants. Le plus ancien lieu qu’ils ont mis en valeur de façon continue a formé la paroisse des Habitants qui avec le temps s’est transformé en commune de Vieux Habitants.

Pendant quelques années la population a donc été formée par des habitants et des Caraïbes encore appelé indiens. Il n’y avait pas de nom pour désigner l’ensemble de la population. Parce que pour désigner un ensemble, il faudrait qu’il soit composer par des unités semblables or à l’époque, si les Caraïbes ont bien une âme, ils ne sont pas tous catholiques. Les habitants peuvent difficilement se définir comme une population avec les Caraïbes.

Il est curieux que les îles habitées par les Caraïbes, sont aujourd’hui connues sous le nom Antilles. Le mot Antilles vient du mot Antilia. Antilia désignait le continent que les Européens supposaient être situé à l’ouest des Açores avant 1492. Il y avait bien un continent à l’ouest des Açores, il va être désigné du nom America isssu du nom d’un cartographe Amérigo Vespuchi, en 1507. Seules les îles vont continuées à être nommer Antilles, comme en témoigne le titre de cet ouvrage de  Rochefort, « Histoire naturelle et morale des îles Antilles de l’Amérique avec vocabulaire caraïbe » en 1658.

A mesure que, la population servile augmente, les premiers européens ne sont plus uniquement des habitants, ils deviennent des colons. Le terme colon désigne celui qui a quitté son pays pour occuper, défricher, cultiver une terre de colonisation. Donc les engagés blancs qui ont signé un contrat de travail de trois ans avec un propriétaire et qui vivaient dans des conditions très semblables aux esclaves sont également des colons. Ce terme colon est approprié pour ceux qui sont nés en Europe, car ceux qui sont nés dans la colonie ne connaissent que celle-ci comme terre natale.

Un nouveau terme va donc être utilisée, créole. Le créole est « une personne blanche de race pure née  aux colonies ». Le Tlfi précise que la citation est extraite d’une lettre du gouverneur de Baas à Colbert en 1670.

Au début du 19ème siècle la population des Antilles ne se définit pas comme une entité. Nous y trouvons, des colons, des créoles, des esclaves, des affranchis…Lorsque l’on lit des lettres personnelles de cette époque, on se dit né à la Guadeloupe, à la Trinité espagnole, à Cuba …

Le 19ème siècle va tout bouleverser. En plus d’être le siècle des abolitions de l’esclavage dans toutes les Antilles, c’est le siècle des guerres d’Indépendance en Amérique latine, les deux derniers confettis de l’empire hispanique reste Cuba et Porto Rico.

Comment alors nommer l’ensemble des populations qui habitent dans ces îles une population qui a pris les armes pour leur liberté dès 1802 en Guadeloupe et dans la future Haïti ? Qui se sont illustrés sur les champs de batailles du Mexique, durant la guerre de 10 ans à Cuba ? Qui ont participé au percement du Canal de Panama. Ces hommes et femmes ont une histoire distincte que celle du continent. Ils ne sont pas originaires de pays indépendant. Ils sont issus des Antilles, ils deviendront antillais !

Comment d’antillais nous sommes devenus caribéen ? A suivre…

Le Trésor de la langue française informatisé link

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22 juin 2010 2 22 /06 /juin /2010 13:22

Atlas des voiliers et pirogues du monde au début du XIXe siècle. Essai sur la construction navale des peuples extra-européens de l’amiral Pâris (1843). Eric Rieth.

Edition du Layeur.

 

Cette édition commentée du travail du futur amiral Pâris permet de donner une idée de l’exposition consacrée aux maquettes issues de ses observations. Les maquettes sont présentées au Musée Nationale de la Marine (Palais de Chaillot, Paris) jusqu’au 19 septembre 2010.

L’ouvrage ne concerne cependant pas des bâtiments antillais bien que l’exposition propose différents bâtiments traditionnels américains.  C’est un ouvrage passionnant. A lire avec un excellent thé d’Orient.

 

Exposition virtuelle du Musée National de la Marine:link

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4 juin 2010 5 04 /06 /juin /2010 23:54

Voici une gravure très intéressante qui appartient au National Maritime Museum de Greenwich, Londres (Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord). Shipping sugar montre la manière de convoyer le sucre sur les bâtiments à l’escale. Le sucre n’était pPY3019as convoyé sur un port pour être exporter mais était chargé tout le long des côtes. En Guadeloupe ou en Martinique certaines plantations sucrières disposaient de quais privés pour favoriser le chargement du sucre. Il faut se rendre compte que la mer était plus sûre et les réseaux terrestres étaient insuffisants.

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2 juin 2010 3 02 /06 /juin /2010 17:08

Carte Guadeloupe T JefferiesJ’ai remarqué une coïncidence dans les sorties d’essais relatifs à la Guadeloupe. En 2010, deux livres tentent de percer les mystères des noms de familles guadeloupéens. Le plus récent est « Non an Nou, le livre des noms de famille guadeloupéen », édité par le CM 98 et les Editions Jasor,  le second « Signification des noms indiens de Guadeloupe » d’Appasamy Murugaiyan et Ernest Moutoussamy, Edtion L’Harmattan.

 

Le titre du premier m’a gêné, parce qu’il me semblait que dans le créole guadeloupéen, l’expression française « nom » était remplacé par le « titre ».  J’ai été encore plus surprise de l’affirmation « le livre des noms de famille guadeloupéen » parce que ce livre s’est donné pour ambition de retranscrire le nom des nouveaux citoyens de la Guadeloupe. C’est nouveaux citoyens sont les anciens esclaves qui suite à l’abolition de l’esclavage de 1848, ont eu pour la première fois un état-civil retranscrit dans les registres officiels français.

 

En 1848, les anciens esclaves sont très largement majoritaire dans la population, mais ils ne forment pas à eux seul l’ensemble de la population de la Guadeloupe en 1848, il faut y ajouter les affranchis et leur descendants et les habitants blancs. Les limites de l’étude du CM 98 sont bien écrites dans la présentation à l’intérieur du livre mais l’appellation « le livre des noms de famille guadeloupéen » n’est pas exacte. Il y a une grosse différence pour moi entre l’expression né en Guadeloupe et Guadeloupéen. L’adjectif repose sur une revendication du territoire comme étant le sien. C’est une revendication tout autant politique que territoriale mais je ne sais pas quand la population née en Guadeloupe a commencé à se revendiquer comme Guadeloupéen.

 

« Non an nou » n’est pas un livre de généalogie, il n’indique pas de filiation ni les liens type mère père, frère et soeur il doit plus être appréhender comme un mémorial. La « Signification des noms indiens de Guadeloupe », n’est pas non plus un livre de généalogie. Les langues indiennes n’ayant pas été transmises dans les familles d’origine indienne, les indo descendants ne comprennent pas le sens de leur nom. Les indo descendants, se heurtent tout comme les afro descendants à l’état-civil pour faire leur généalogie. Les officiers d’état civil n’ont pas respecté la tradition indienne pour l’attribution du nom et ils ont crée des noms de famille avec des bases indiennes donc même si les indo descendants portent des nom en langues indiennes, il n’est d’aucune utilité pour faire des recherches de généalogie en Inde, la notion d’identité nom prénom n’ayant pas le même sens que le notre en Inde.

 

Pour moi l’intérêt de « Non an nou » est d’étudier la transmission des surnoms maritimes qui ressemble parfois à des jurons se sont transformés en nom de famille. Celui de « signification des noms indiens de Guadeloupe » est d’avoir des éléments pour établir le lien à la mer des rares marins-pécheurs d’origine indienne présent sur les rôles d’équipage.

Bonne lecture.

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1 juin 2010 2 01 /06 /juin /2010 14:25

carte-antilles-francaisesLa notion d’eaux territoriales est née de la pratique d’un droit coutumier. Celui-ci permettait à un état de revendiquer sa propriété sur une portion de mer le bordant. Pendant la Révolution française, nul n’employait l’expression eaux territoriales, mais plus celle de distance territoriale.

La distance territoriale, a été définit par Sa Majesté Catholique le Roi d’Espagne dans sa cédule du 17 juin 1797 comme étant une zone de deux miles marin autour des terres espagnoles soit une distance de 1851,550 m quasiment la valeur d’un mile nautique actuel (1852m) . A l’intérieur de se territoire, la loi espagnole s’applique.

En cas de paix, bien sur, cela n’aurait pas beaucoup d’importance or depuis 1793, des corsaires français armé depuis les colonies de Guadeloupe et de Saint-Domingue, sont très actifs dans la zone et certaines prises sont faites au large des colonies espagnoles. A partir de la déclaration de guerre de l’Espagne au Royaume Uni, le 8 octobre 1796, les ports des colonies espagnoles sont ouverts aux corsaires français.

Ils profitent de la situation pour conduire des prises à Porto Rico, Cuba, Margarita…Je n’ai pas pu consulté aux Archives générales de Porto Rico, des procès-verbaux de jugement de prise faites par des corsaires français et juger par un tribunal espagnol. J’ai par contre retrouvé des ventes de prises françaises conduites à Porto Rico et vendue de façon illégale dans l’île, comme le cas du brik états-unien Lucy (capitaine Clapp) capturé en 1798 et vendu à San Juan de Porto Rico sans condamnation valide devant un tribunal qui fusse français ou espagnol. La note mentionnait avec la « connivence des autorités espagnoles » !

Aujourd’hui il n’y a plus de corsaires dans les Antilles, mais en raison de l’absence de délimitation des eaux territoriales entre la France et ses voisins, les pêcheurs de Martinique, de Guadeloupe, sont parfois traités de pirates, car ils pèchent dans les zones revendiquées comme eaux territoriales par Sainte-Lucie, Antigua, ou Saint-Eustache. Corsaires et pirates ne sont jamais loin en Caraïbe !

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28 mai 2010 5 28 /05 /mai /2010 17:09

Rocher du DiamantLe tableau que je vous propose de découvrir aujourd’hui appartient aux collections des Musée National du Château de Versailles et de Trianon (France). Son titre officiel est : prise du rocher « Le diamant » près de la Martinique le 2 juin 1805 par Auguste Mayer 1837.

 

Ce tableau célèbre le retour sous souveraineté française du HMS Diamont Rock à la France, car le rocher du Diamant est considéré comme bâtiment de sa gracieuse Majesté par les Anglais depuis qu’ils s’en sont emparés une année plus tôt. Le tableau est une commande de Louis-Philippe est une huile sur toile.

 

Voici, le récit qu’en fit Charles Gavard  dans « Galeries historiques du Parlais de Versailles » édition de l’Imprimerie Nationale, volume 4, page 247-258. Il rapporte que le capitaine général de la Martinique, l’amiral Villaret-Joyeuse profita de l’arrivée le 13 mai 1805, dans la rade du Fort-Royal (Fort-de-France) de l’escadre de Toulon sous les ordres de l’amiral Villeneuve, pour lui demander son concours pour faire cesser la présence anglaise sur le rocher du Diamant.

 

Le fameux rocher ou Hms Diamont Rock était défendu par 4 canons de 24, 2 canons de 18, 1 caronade de 32 et une garnison de deux cents soldats en marins. L’amiral Villeneuve plaçait à la tête de la division, le contre-amiral Cosmao-Kerjulien. La division comprenait le Pluton, le Berwick, la frégate Syrène et trois corvettes, quittèrent le Fort-Royal le 29 mai au soir pour la baie du Diamant. Le 30, les Français attaquèrent l’unique point de débarquement et parviennent à réduire au silence les batteries anglaises puis débarquèrent sur le rocher. Les Anglais se rendirent après 4 jours de combat.

 

Je vous conseille le lien suivant pour en savoir plus :

Pour aller plus loin : http://www.cosmaodumanoir.fr/index.php?page=julien#diamant

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27 mai 2010 4 27 /05 /mai /2010 14:42

tranquebar dansborg« De Tranquebar. Toute la Côte de Coromandel, particulièrement la partie du Nord, a essuyé le 20 mai dernier un ouragan, dont les effets ont été des plus terribles. Le 17 mai le vent commença à souffler du Nord-Est avec violence :le 18 il augmenta en force, & le ciel se couvrit d’épais nuages : le 18 il annonçait déjà une tempête formelle par des grains continuels & un horizon tout à fait obscurci. Enfin le 20, l’ouragan éclata avec une fureur dont il sera d’autant plus difficile de perdre le souvenir, que les traces en sont profondes, & qu’on ne réparera pas aisément les ravages, dont le pays offre partout le spectacle. Il n’est presque pas d’endroit sur cette côte, tant dans la partie qu’occupent les Danois et les Hollandois, que dans celle qui avoisine les Etablissements Anglois, qui n’ait été dévasté. Un district, nommé Uppora, habité par des Tisserands, a été englouti avec tous ces infortunés par la mer, qui s’éleva à 14 pieds au-dessus du niveau & inonda la Contrée, à quelques lieues de distance. L’on ne saurait calculer le nombre d’Habitants, qui ont péri dans l’eau : dans nos environs on le fait monter à 12 ou 13 mille hommes. Dans les districts anglais cette perte n’est pas moins considérable. L’on compte, que 9 dixièmes parties de la population de ces contrées a péri. Jagernaporam, place appartenant aux Hollandois, est totalement minée. La ville de Coringa n’existe plus : tout a été entraîné par les vagues : & de tous les habitants 4 ou 5 hommes seulement ont pu sauver leur vie sur des palmiers. L’irruption subite de la mer, qui s’éleva tout à coup à une hauteur, où on ne l’avais jamais vue, empêcha le malheureux peuple de cette contrée de trouver son salut dans une prompte fuite. D’ailleurs l’inondation était générale : & partout où l’on portoit les pas, l’eau étoit déjà montée plus haut que les maisons les plus élevées : celle-ci ne purent résister au choc des vagues :il n’en resta que peu sur pied les plus gros arbres furent renversés, déracinés & emportés :les navires furent jetés sur terre & firent naufrage au milieu des champs. Le ciel n’a repris sa sérénité que lentement : la force du vent a duré, quoiqu’à un moindre degré, jusqu'au 28 mai. Alors les eaux qui étaient entrée sur les terres jusqu’à la distance de 10 lieues[1] du rivage, se retirèrent ; & l’on vit toute la contrée jonchée de débris de maisons, de vaisseaux, de meubles, surtout de cadavres. Ceux-ci sont en si grand nombre, qu’on craint avec raison, que l’air n’en soit infecté. Le dégât du pays ne présente en même temps que la plus triste perspective. » (Gazette de la Guadeloupe, 15 mai 1788)

 

Ce récit est exceptionnel. D’abord parce que ce cyclone n’est quasiment pas connu par la littérature française puisque Alfred Martineau dans son ouvrage « Les cyclones à la côte Coromandel » (1909) écrit à la date du 20 mai 1787 :

« Il y eut un terrible ouragan à Pondichéry. On remarquera cette date : ce n’est point d’ordinaire à cette époque que se déclarent les grands orages ». Depuis Tranquebar, colonie danoise à 100 km au sud de Pondichéry, le texte a effectué un long parcourt pour nous être transmis et publier rapidement dans la gazette de la Guadeloupe. Ce journal était l'organe officiel d'information dans la colonie.

 

Source: Myriam Alamkan. L'affaire du Brutus: une illustration des réseaux d'informations Inde-Guadeloupe au début du 19ème siècle. Colloque l'Inde du Sud et le français. Université Paris 8, Pondicherry University. Août 2006.

Photo de Tranquebar issue du site http://partenariat-inde.poitou-charentes.fr/tranquebar/index.php


[1] Environ 40 km.

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26 mai 2010 3 26 /05 /mai /2010 15:18

Regates Pointe à PitreEn 2010, la Route du Rhum va de nouveau rallier Saint-Malo à Pointe-à-Pitre (Guadeloupe). Crée en 1978, par le Syndicat du Sucre et de Rhum des Antilles souhaitant promouvoir la production de rhum de l’archipel, la Route du Rhum a du mal à enraciner sa communication dans l’histoire et le patrimoine maritime de la Guadeloupe tout comme la petite dernière, la transat BPE Belle-Ille en Mer/ Marie-Galante.

Le Trophée BPE Belle-Île en Mer-Marie Galante a permis à la société Pen Duick qui faisait face à des problèmes avec l’organisation de l’arrivée de sa course transatlantique Saint-Nazaire-Cuba de trouver un nouveau côté Guadeloupe, elle est présenté comme une action de promotion de la destination Marie-Galante[1].

Aucunes des deux transatlantiques ne revendiquent un enracinement à l’histoire ou au patrimoine local or la transat BPE, plus récente a vu son existence récemment remise en question l’an dernier à cause de la décision de la Région de supprimer ses crédits début février 2009[2]. Et personne ne parle du fait que Saint-Louis, commune d’arrivée a été base navale militaire anglaise en 1809.

Et lorsque la communication fait appel à l’histoire c’est en faisant une lecture des plus audacieuses. Nous avons pu lire ceci sur le site officiel mis en place par la société organisatrice[3] :

 « Le 4 février 1794 Victor Hugues délégué par la Convention, débarque, porteur d’un décret abolissant l’esclavage une première fois. De nombreux esclaves affranchis regagnent les rangs des Républicains et repoussent les anglais qui se réfugient à Basse-Terre. Les anglais occupent encore sporadiquement la ville en fonction des soubresauts de l’histoire en Europe ».

Aucune source n’est citée à la fin du texte de présentation de la ville de Pointe-à-Pitre. Si nous examinons bien en trois phrases, l’histoire de la ville vient d’être revisité. Relevons les imprécisions :

1/ Le 4 février 1794 : c’est le décret d’abolition de l’esclavage qui a été promulgué par la Convention Nationale.

2/ Victor Hugues arrive en Guadeloupe en juin 1794.

3/ Les esclaves ne sont pas affranchis mais libérés. La notion d’affranchissement impliquant le paiement d’une taxe d’affranchissement.

4/ Les occupations anglaises suivantes ne correspondent pas strictement à des événements historiques européens. L’occupation de 1810 correspondant côté anglais à une stratégie plus large de contrôle des denrées coloniales et principalement du sucre pour priver la France de devises.

Ces approximations sur l’histoire de Pointe-à-Pitre sont d’autant plus incompréhensibles que la documentation est disponible depuis de nombreuses années. En 1998, lorsque la Guadeloupe inaugure pour la première fois un village arrivée pour les participants à la Route du Rhum, les quais de la marina du Bas du Fort, lieu de l’arrivée de concurrents accueillait une décoration originale sous forme de totem qui reprenait le nom de capitaine de corsaire de la Guadeloupe de la Révolution et de l’Empire. Le village « arrivée » de la Route du Rhum est perçu comme étant une foire commerciale et un espace de concert public.

Lorsque le passé corsaire de l’archipel est évoqué en 1998, il  provoque  peu d’écho dans la population qui connaît très mal son histoire maritime. Le potentiel touristique de l’histoire maritime n’est pas ignoré par la politique touristique de la Guadeloupe.  En 2007, le  Comité de Tourisme des Iles de Guadeloupe a été l’unique organisme public à participer financièrement à la présence d’un chercheur en histoire maritime à l’US Naval Academy history symposium. Le thème de cette conférence analysait les processus de transmission de l’histoire des corsaires et l’origine de leur oubli par la population guadeloupéenne.

La fête est étroitement associée à l’accueil des participants aux courses. Pour autant, la fête organisée à l’occasion de l’arrivée des grandes courses transatlantiques ne s’inscrit pas la tradition des fêtes maritimes de l’archipel parce que nul n’y a prêté attention. Les chants des marins de l’archipel ne sont pas connu par la majorité de la population de la Guadeloupe et perd une excellente occasion de se faire connaître et apprécier. Souhaitons que le patrimoine et l’histoire maritime de l’archipel occupe une place plus importante dans la communication de la Route du Rhum.

 

Source : Myriam Alamkan « La Guadeloupe face à son patrimoine maritime » in Actes du colloque « Les défi du tourisme en territoire, villes sur mer et en terre. », Port-Louis 2009. Edition Publibook.

Photo: carte postale datant du 20ème siècle. Les régates de voile traditionnelles se déroulaient à la Darse de Pointe-à-Pitre qui accueillira le vainqueur de la prochaine Route du Rhum.

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25 mai 2010 2 25 /05 /mai /2010 11:56

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Extrait de la Gazette Nationale ou le Moniteur universel du 21 décembre 1795

 « De la Guadeloupe

Nous avons en croisière devant la Barbade une flottille de frégates qui font sur les Anglais des prises très riches. Nous avons ici plus de deux milles prisonniers. »

 

La question des prisonniers allait être un enjeu important durant les guerres de la Révolution et du Premier Empire. La colonie française de la Guadeloupe était alors isolée au milieu d’île anglaise depuis 1795. Ses corsaires allaient être d’une grande utilité pour assurer la défense et le ravitaillement de l’île. Leurs succès ont pour corollaire, l’augmentation de la population carcérale dans la colonie. Il faut pouvoir échanger les prisonniers anglais contre les français, organiser un cartel. Un cartel est le nom donné aux bâtiments affecté aux bâtiments assurant des missions pacifiques entre belligérants, comme des missions parlementaires ou des missions de transport de prisonniers.

 

Un exemple de négociation vu par Victor Hugues peut rapidement tourner en forme ma foi, assez peu civile :

« Le citoyen Mollec officier de la République va en parlementaire avec la goélette Cromwell accompagné de Mr Batteman lieutenant des vaisseaux britanniques pour prendre cent prisonnier de guerre.

Vous voudrez bien M. ne pas oublier un jeune enfant que vous avez la froide barbarie de retenir à la geôle d’Antigue avec tous les scélérats dont votre pays abonde.

Il est fort au dessous de notre caractère de traiter avec des hommes de votre espèce dont l’opinion publique doit faire justice en temps de guerre, comme en temps de paix.

Mais soyez convaincu que nous userons de représailles particulièrement envers les habitants d’Antigue ; de la manière atroce avec laquelle nos prisonniers ont été traités.

Les temps sont passés ou vous et votre collaborateur ; l’imbécile solliciteur Burke fîtes imprimer une rapsodie en forme de procédure où pour vous approprier un bâtiment capturé, vendu par les Français eûtes l’impudence de soutenir que les Français n’étaient pas une nation ; félicitez vous de votre position insulaire car sans elle nous ne , nous donnerions pas la peine d’aller vous conquérir, mais nous enverrions les valets de l’armé, les gardiens de bœufs et de cochons ; eux seuls suffiraient pour réduire des hommes tels que vous autres. »

 

Le 21 avril 1797. Lettre du commissaire du Directoire en Guadeloupe, Victor Hugues, à Edouard Byam qu’il affuble du titre de : président d’Antigue. Victor Hugues bien qu'en infériorité numérique compte sur la bravoure de ses corsaires pour harasser les forces navales anglaises. En plus d'être à la tête de la Guadeloupe, il est a titre privé, armateur de corsaires.

Pour mesurer l’audace, d’Hugues, il faut rappeler qu’en 1797, la présence de la France en Caraïbe est réduite à Saint-Domingue et à la Guadeloupe. Sur le continent américain, la colonie de la Guyane est également toujours française. Antigue abrite également une base navale anglaise tout comme la Barbade.

(Photo, English Harbor, Antigua)

 

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24 mai 2010 1 24 /05 /mai /2010 17:18

La luxuriance de la nature en Guadeloupe est bien connue. Une grande partie des espèces ont été introduite au fil des siècles.

 Ce texte est tiré de la Gazette de la Guadeloupe du 6 novembre 1788 (4Mi 98 R1 ADG). Le giroflier (Eugenia aromatica) est originaire des Moluques (Asie du Sud E4194224503_bd2c886d89.jpgst), les colons hollandais ont pendant de nombreuses années sévèrement contrôler la dissémination des plants pour se réserver leur monopole du commerce de l’épice.

Le fameux clou de girofle est en fait le bouton floral du girofle.

C’est en 1605 que le botaniste et aventurier Pierre Poivre parvient à subtiliser des boutures de giroflier, muscade (Myrticia fragrens) et de poivre (Piper sp.). Il les acclimate à l’île Maurice, alors île de France. C’est depuis l’île Maurice que ces espèces ont été introduites à la Réunion, puis aux Antilles. Par quel bâtiment ? Mystère.

 

« AVIS DE MM. LES GENERAL ET INTENDANT.

A Messieurs les Cultivateurs de la Colonie.

Un particulier cultivateur revenant des îles de France, annoncé, Messieurs, que les giroflier s’y sont propagé de boutures, ou petites branches qu’on met en terre, & qui reprenne facilement si l’on observe de ne faire cette opération que dans le temps ou la sève commence à monter, d’enfuir ces branches dans de la terre bien défoncée et ammeublée, & d’arroser en cas de sécheresse excessive.---Une telle méthode peut multiplier très rapidement cet arbre, transporté depuis plusieurs années à Cayenne, & qui a été de la récemment envoyé dans les Antilles du vent & sous le vent.

            M. Lavoissier, célébre Chymiste de l’Académie des Sciences, vient de publier des épreuves qui constatent la bonne qualité des cloux de girofle récoltez à Cayenne depuis deux ans. Il résulte d’une analyse exacte, & de diverses expériences dont il vient de rendre compte, que ces cloux de girofle sont égaux en qualité, à ceux que fourni le commerce, & que les Hollandois apportent des Moluques.

            Nous avons déjà fait paroître dans cette Feuille une instruction sur la culture du canelier, giroflier & muscadier ; ceux qui voudront avoir de plus amples instructions sur les cloux de girofles, qui ont très bien, réussi dans cette île depuis plus de 3 ans qu’ils y sont plantés, peuvent consulter la méthode indiquée dans Herbier de Damboine de Rumphuis, dont voici l’extrait pour la préparation. Dans quelques endroits on jette les girofles recens dans l’eau chaude, ensuite on les mes entre de grande feuilles qu’on pose sur des clayes, où ils sont exposés à la fumée pendant quelques jours & comme étouflés, ce qui leur donne une couleur rousse : plusieurs colons ne les passent point à l’eau, mais les expose à la fumée, ensuite au soleil pour les faires sécher. On connoit qu’ils sont bien desséchés, lorsqu’ils se brisent quand on les presse entre les doigts, & qu’ils rendent du bruit quand on les jette en tas. Ceux qu’on a fait sécher au soleil & à la fumée sans des dessécher, sont de moindres qualités.

            Note du rédacteur.

            Il y a environ deux ans qu’ayant eu une expérience à faire sur une livre de cloux de girofle qui tombent par accident dans l’eau, & y séjournerent plus d’une heur, nous les mimes sécher au soleil ou ils se fanerent ;quelques-uns furent par hasard recouvert d’une feuille de papier, & nous remarquâmes qu’ils n’avoient point perdu à l’ombre de leur couleur brune primitive, & ils étoient plus odoriférent, ce qui sembleroit prouver qu’il veut mieux les faire sécher à l’ombre qu’au soleil, au reste il est aité de faire l’expérience de ma meilleur méthode sur une petite quantité. »

(L'orthographe originelle a été conservée)

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