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19 janvier 2016 2 19 /01 /janvier /2016 14:06
A bord le navire étant sur le pont: présentation du CD de Chants de Marins de la Guadeloupe

Si vous ne connaissez pas les premières couplets de ce classique des chants de marins de Guadeloupe, c'est l'occasion d'une cession de rattrapage pour être au point pour les célébrations du 15-Août, fête de la Vierge et des marins dans différentes communes du département.

Rendez-vous ce vendredi à Saint-François pour la présentation du CD de chants de marins de La Désirade et de Saint-François, à la Rotonde à 19h.

Non, je ne chanterais pas. Je le fais à l'occasion dans mes conférences mais là ce sont les marins et leurs familles qui serons à l'honneur. Je viendrai faire une petite présence vue mes autres engagements. J'ai modestement participé à ce projet et vous pouvez faire un tour sur le site officiel qui est consacré au CD pour ceux qui veulent en savoir plus.

"La Ville de Saint-François, Repriz (Centre des musiques et danses traditionnelles et populaires de Guadeloupe), la Chorale du Levant de Saint-François et l'Office de Tourisme de Saint-François, ont le plaisir de vous inviter à la présentation du double CD "Chants Marins en Guadeloupe : La Désirade & Saint-François".

Cette présentation se déroulera le Vendredi 22 Janvier 2016 à 19h00 au Foyer Central du Bourg de Saint-François.

Ce CD est un nouveau support qui participe à l'effort de sauvegarde du patrimoine maritime de la Guadeloupe qui atteste du travail de longue haleine entrepris par les marins eux-mêmes et par le Centre Rèpriz pour pérenniser une tradition qui compte parmi les plus anciennes de Guadeloupe.

Venez nombreux découvrir une autre facette de notre culture." (extrait de la publication de Commune de Saint-François sur Facebook, du 18 janvier 2016)

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Published by Myriam Alamkan - dans Janvier 2016
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12 janvier 2016 2 12 /01 /janvier /2016 22:19

Ginette, une de mes lectrices, m’a posé des questions sur Pongol la semaine dernière. Donc j’ai décidé de publier ce texte plus long sur la pratique de la fête de Pongol. C’était la seule fête inscrite dans le contrat des engagés indiens qui leurs accordaient ainsi 4 jours de célébrations. Pongol est une fête non confessionnelle bien qu’en Guadeloupe elle est souvent perçue comme hindouiste. La confusion entre Indien/hindou est un raccourci rapide car tous les immigrants indiens n’étaient pas tous hindouistes. Dès le 19ème siècle, Pongal est à la fois une fête des récoltes et d’action de grâces. Elle est tombée en désuétude en Guadeloupe durant le 20ème siècle avant d’être de nouveau célébrée durant le 21ème siècle. Cependant, Pongal est toujours célébrée en Inde sous divers noms.

Lorsque ce texte paraît dans l’Ami de la Religion et du Roi en 1855, l’immigration indienne a débuté en Martinique en 1853 et en Guadeloupe en 1854. Ce texte s’intitule « les Indiens idolâtres de la Martinique » mais il est repris d’un journal local le Moniteur de la Martinique et rien n’indique que ce titre était celui de l’article original. Cependant, ce texte est intéressant car il montre le regard de la société coloniale de la Martinique sur une tradition des nouveaux immigrants indiens. Il va paraitre dans divers journaux français en Europe sous des titres divers dont « la Fête de Pongol ». Il sera ensuite cité par le chercheur géographe, Singaravélou dans « les Indiens de la Guadeloupe » (1975).

La fête actuelle de Pongal célébrée par le CGPLI (Conseil Guadeloupéen pour les Langues Indiennes) est une nouvelle manière de célébrer cette fête des moissons. Elle n’est pas fermée sur les « Indiens de Guadeloupe » mais bien ouverte à tous. Vous pouvez d’ailleurs réserver votre colombo traditionnel en ligne cette année. La fête actuelle est différente dans son déroulement et vous pourrez noter toutes les différences entre la fête de 1855 et sa version actuelle.

Pongol en Martinique 1855

« C’est le premier de l’an que les Indiens, ont commencé, à la Martinique, leur fête de Pongol ; fête qui doit durer quatre jours. Au lever du soleil, plusieurs d’entre eux, désignés dès la veille, vont chercher des branches vertes pour recouvrir la charpente d’une grotte élevée dans l’enceinte d’un ancien manège converti en moulin à vapeur. L’emplacement est grandiose et se prête au développement de la fête. La grotte, artistement travaillée, est surmontée d’arcades en verdure ornées de guirlandes et de fleurs, et la porte, de forme cintrée, est beaucoup plus petite. Au fond une grotte s’élève un petit tertre, où sera placée la pagode qui présidera à toute la fête. Cette espèce d’autel se compose presque entièrement de bouse de vache. On connaît le respect des Indiens ont pour cet animal. Ils ont une singulière vénération pour les cendres de ces excréments ; et leur principale espérance du bonheur futur consiste à pouvoir mourir dans le Gange, fleuve sacré, en tenant un de ces quadrupèdes par la queue.

Pendant que ces préparatifs s’achèvent, les Indiens, armés de morceaux de verre bouteille fort tranchants, se rasent réciproquement le menton et la tête, ne respectant que la longue touffe de cheveux qui doit servir à l’ange présidant à leur destinée à les transporter au ciel. Après ces premiers soins donnés à leur toilette, ils se rendent au bord de la mer, et, à un signal, ils se précipitent vers les flots. Ils font de nombreuses ablutions et procèdent à la purification des objets qui serviront à la cérémonie et au sacrifice. Ceux qui doivent remplir les rôles principaux se revêtent de costume qu’ils ont eu soin de préparer.

Pendant ce temps le maître des cérémonies préside à la formation de la pagode. Il dresse, dans un vase de cuivre apporté de l’Inde, une pyramide formée de feuilles de manguier et il la recouvre entièrement de guirlandes de fleurs. Au sommet se trouve un beau citron jaune figurant une petite boule d’or.

La pagode est placée sur un tapis de feuilles de bananier, et c’est alors que commence véritablement la fête. L’Indien qui doit porter l’idole à la grotte s’avance ; son air est grave, sa démarche est lente, ses longs cheveux entrelacés de fleurs sont relevés au sommet de sa tête ; c’est le trône destiné à la pagode pendant la procession. Le haut du corps est nu, mais enduit d’une couleur jaune représentant assez habilement, au moyen de tatouages, une cote d’armes. Le reste du corps est entouré d’écharpes de diverses couleurs produisant un joli effet.

L’aide des cérémonies, après avoir brulé de l’encens et brûlé des cocos dont l’eau est rependue sur les fruits placés au pied de l’idole, donne un signal. A ce signal, chacun se prosterne et vient, en rampant, adorer le symbole de son culte. Plusieurs paraissent inspirés ; des chants se font entendre.

Le silence se rétablit bientôt, et le maître des cérémonies soulève la pagode avec respect et la place sur la tête de l’Indien à qui est réservé l’honneur de la porter à la grotte. Celui-ci, ayant à ces côtés deux hommes armés de coutelas, s’avance gravement, précédé de deux autres Indiens portant des lances ornées de citrons jaunes. Au devant des licteurs et à quelques pas de distance, on voit deux autres hommes revêtus de costumes bizarres, tenant des longs bâtons dans chacune de leurs mains. Ils combattent tout en marchant : on dirait un bon et un mauvais génie, Oromaze et Arimane.

Pendant le trajet, des cris sauvages se font entendre. Arrivé dans la grotte, celui qui porte la pagode hésite ; il avance, il recule, il semble saisit de convulsions ; chez lui l’exaltation religieuse est à son comble.

Et cependant il ne peut franchir l’entrée de la grotte. Mais un Indien paraît ; son costume est celui d’un guerrier ; il est armé d’un long coutelas ; il s’élance, il combat, il triomphe. Le visage du porteur de la pagode s’épanouit aussitôt, il fait entendre un cri de joie et, radieux, va déposer l’idole sur le tertre au fond de la grotte. Des chants et des danses commencent à l’instant même, pour ne cesser qu’avec la fête.

Pendant tous les divertissements, des fruits de toute espèces, des cocos et figues surtout, du pain et des boissons sont déposés au pied de la pagode. L’encens brûle et sert à la purification des mets.

La scène change. On dresse devant la grotte un fourneau, sur lequel on fait cuire du riz avec du lait dans un vase neuf, pour tirer les augures de façon à ce que le lait bout. Dès qu’on aperçoit les premières ébullitions, les Indiens crient Pongol ! qui veut dire il bout. Le riz est présenté d’abord à l’idole ; après quoi tous les assistants en mangent un peu.

Après cette cérémonie le sacrifice commence. On met sur l’autel des cendres sacrées de bouse de vache. Chaque Indien s’en frotte le front, la poitrine et les deux épaules, afin de se purifier de tous ses péchés. Deux innocents agneaux, don du propriétaire, sont amenés face à la grotte. Ils sont parés de fleurs. Le maître des cérémonies, aidés de quatre Indiens, verse sur eux de l’eau lustrale, leur en fait boire et les parfume avec l’encens. Cependant, les aides les saisissent aux extrémités, et le guerrier qui a mis en fuite le mauvais génie reparaît et d’un seul coup de cimeterre abat la tête des victimes. Des cris d’allégresses retentissent, et les agneaux sont emportés pour servir au repas du lendemain.

Pendant le reste de la fête, les Indiens se reposent la journée et se livrent le soir à des danses de caractère qui ne manquent pas d’originalité. Vers le soir de la quatrième journée ils enlèvent la pagode et vont en cérémonie la jeter à la mer. » Source: "L'Ami de la religion et du Roi : journal ecclésiastique, politique et littéraire", pages 495 à 497, 02/27/1855.

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Published by Myriam Alamkan - dans Janvier 2016
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8 janvier 2016 5 08 /01 /janvier /2016 12:20

Nous connaissons peu l’histoire des Acadiens aux Antilles ou en Guyane car l’essentiel de l’enseignement en histoire met principalement l’histoire européenne en valeur. Or c’est bien une histoire américaine qui permet de découvrir nos liens avec les Acadiens. Ce peuple d’origine française (bien qu’aujourd’hui, il existe aussi des Acadiens anglophones) est installé en Amérique du Nord et particulièrement dans la région connue actuellement comme les Provinces Maritimes canadienne.

Découvrir l’œuvre de Maxime Arseneau : Théotiste Bourgeois une histoire des Acadiens au 18ème siècle

A partir de 1604 les Acadiens ont connu une histoire particulière dans l’histoire coloniale française en Amérique du Nord. Les rivalités entres Anglais et Français se sont régulièrement soldés par des changements d’allégeances de leurs colonies respectives. Ainsi les nombreux changements qui ont touché les Antilles n’ont jamais conduit à la déportation de la population d’origine européenne des îles.

Cependant les Anglais ont déporté les populations amérindiennes de l’île de Saint-Vincent en 1796 vers l’île de Roatan au large du Honduras. Mais le précédent fut bel et bien la déportation organisée des Acadiens français en 1755 par Charles Lawrence. Cette déportation est connue sous comme étant le « Grand Dérangement ». Nous connaissons mieux l’ex Acadie française sous leurs noms anglais : la Nouvelle Ecosse, l’Ile du Prince Edouard, le Nouveau-Brunswick, Terre-Neuve et le Labrador car en 1713, ces territoires sous administration française vont devenir Anglais.

Découvrir l’œuvre de Maxime Arseneau : Théotiste Bourgeois une histoire des Acadiens au 18ème siècle

C’est à Maxime Arseneau, historien et romancier, que je vais laisser vous raconter une partie de cette histoire qui est décrite dans son œuvre de fiction retraçant l’histoire de Théotiste Bourgeois.

Découvrir l’œuvre de Maxime Arseneau : Théotiste Bourgeois une histoire des Acadiens au 18ème siècle

Myriam Alamkan : Bonjour Maxime et merci d’avoir accepté de répondre à cette interview. Nous nous sommes rencontrés à Saint-Pierre et Miquelon où j’ai assisté à votre conférence. Théotiste Bourgeois, n’est pas uniquement un personnage de roman, pourriez-vous nous la décrire ?

Maxime Arseneau : Théotiste Bourgeois, avant d'être un personnage de roman, est d'abord une jeune acadienne qui vécut au XVIII ième siècle. Elle est née en 1742, elle avait donc une douzaine années au moment de la Déportation des Acadiens. Malgré qu'une grande partie de la famille, du côté de sa mère, fût embarquée sur les navires venus de Boston pour être déportée dans les colonies anglaises de la côte américaine, notre héroïne, orpheline de père, fut en mesure de fuir la déportation en se cachant dans les bois. C'est alors que débuta une vie d'errance et de misère. On peut l'imaginer, avec sa mère veuve, avec ses frères et sœurs, avec ses grands-parents, aidé par leurs amis les Micmacs, fuyant les soldats anglais. Jamais ils ne perdront espoir et beaucoup de vieillards et d'enfants périront durant ce long exil. Une longue marche qui durera des années. D'abord la guerre qui ne finit plus... Théotiste se mariera à l'aube de ses dix-neuf ans à Pierre Arseneau dit Bénéry...deux semaines à peine après la dernière bataille entre les Français et les Anglais en Amérique, avant la Conquête et la cession de la Nouvelle-France à L'Angleterre. Ils sont à Restigouche. Ils auront une petite fille au moment où le jeune couple, avec le clan des Vigneau, rejoindra à Miquelon ceux venus de Boston. Pourquoi Miquelon? Parce que la France n'a conservé que cet archipel dans l'Atlantique Nord, essentiellement pour des raisons ayant traits à la pêche... Théotiste et les siens n'y trouveront pas nécessairement la paix... deux autres déportations, cette fois vers la France, à La Rochelle, les attendront. La dernière, à cause de la guerre d'indépendance américaines.(1776-1783) Une vie de réfugiés. Théotiste perdra cinq de ses huit enfants... puis, en 1780, ce sera son mari...

Rien ne l'arrêtera! Elle reviendra à Miquelon avec les enfants qui lui restent et recommencera pour ième fois à reconstruire sa maison, son jardin, sa vie... jusqu'à ce que la Révolution française les chasse de nouveau vers les îles-de-la-Madeleine. C'est là qu'elle finira ses jours, entourée de ses enfants et petits-enfants...

Myriam Alamkan : Quand on choisit de décrire un personnage féminin, on s’intéresse généralement au quotidien. Comment avez-vous pu reconstituer les éléments du quotidien pour le rendre crédible ?

Maxime Arseneau :En fouillant, cherchant à découvrir comment vivaient mes ancêtres Acadiens en Amériques avant la déportation, puis comment vivaient les Micmacs, leurs amis qui furent pour beaucoup dans leur survivance... récits de voyage, descriptions d'architecture de maisons, alimentation, et finalement toutes les facettes de la vie. Les seuls aspects qui sont romancés sont en réalité les différents moments de la vie: naissances, mariages, sépultures. Comme tous les personnages, historiques ou de la généalogie des Acadiens, sont de vrais personnages, le fait de romancer ces événements me permit d'ajouter, à un fond historique, des sentiments...

Myriam Alamkan : Nous sommes assez dépourvus de documents familiaux anciens comme des lettres personnelles, des journaux pour décrire le quotidien des populations françaises du 17ème ou du 18ème dans les Antilles françaises et la Guyane. Il ne nous reste que des témoignages de voyageurs comme les prêtres missionnaires. A partir de quelles sources documentaires avez-vous pu travailler ?

Maxime Arseneau : J'ai d'abord accordé une place importante à la trame historique. Puis, pour être certain de respecter la ligne de vie de mes personnages, je me suis assuré de vérifier le plus possible avec les recensements. Il s'agit d'un des outils parmi les plus faciles d'accès. Ainsi, ce sont les recensements qui décidaient de la vie et la mort des personnages... Les différents registres fournissent aussi des indications du temps qu'il fait, des évènements importants se déroulant... Internet est maintenant une source d'information illimitée, avec de la patience et de l'imagination!

Myriam Alamkan : L’histoire de Théotiste Bourgeois est aussi celle d’un très long voyage depuis Beaubassin en Acadie jusqu’aux îles de la Madeleine au large de la Gaspésie, dans la province de Québec où elle va finalement s’installée. Quels sont les grandes étapes de son « Grand dérangement » personnel ?

Maxime Arseneau :Naissance:1742

Incendie de son village, Beaubassin: 1750

Déportation des Acadiens demeurant en Nouvelle-Écosse: 1755

Son mariage à Restigouche: Juillet 1760 (Après une décennie exil)

Naissance de sa première fille, Marie-Scholastique Arseneau: 1761, à Chédabouctou.(Nouvelle-Écosse)

Arrivée À Miquelon, où elle fera baptiser sa fille : 1764.

Première déportation vers la France: Automne 1767.

Découvrir l’œuvre de Maxime Arseneau : Théotiste Bourgeois une histoire des Acadiens au 18ème siècle

Naissance de son fils Pierre (elle avait déjà perdu un bébé à Miquelon): à La Rochelle: printemps 1768.

Retour à Miquelon: été 1768. Elle aura quelques enfants durant les années suivantes... dont un autre fils qui portera le prénom de Charles).

Deuxième déportation en France: Automne 1778, à La Rochelle.

Décès de son mari et de plusieurs de ses enfants en bas âges: 1779-1780.

Retour à Miquelon: 1784.

Les Acadiens sont chassés de Saint-Pierre et Miquelon par la Révolution française: 1793-1793.

Théotiste arrive aux Îles avec ses trois enfants: 1793.

Décès de Théotiste Bourgeois aux Îles-de-la-Madeleine: 1826.

Myriam Alamkan : Quels étaient les conditions de vie lors de l’arrivée des Acadiens aux îles de la Madeleine ?

Maxime Arseneau : Ils rejoignaient des leurs, des membres de leurs familles... Ils étaient peu nombreux à l'époque. Essentiellement, les Acadiens vivaient de la pêche. Aux Îles-de-la-Madeleine, ils avaient pratiqué la chasse à la vache-marine pour le bénéfice du colonel Richard Gridley... mais l'espèce est pratiquement exterminée au moment où les Acadiens de Miquelon les rejoignent. La pêche fut de tout temps l'activité principale des habitants. L'agriculture de survivance était obligatoire, mais peu intéressante à cause de l'incertitude quant à la propriété des terres, puisque les Îles furent cédées au sieur Isaac Coffin en 1798, comme une seigneurie... Cette situation ne fut pas sans causer beaucoup de soucis aux Acadiens. Cent ans après le Grand Dérangement, une partie de ces Acadiens doit quitter de nouveau vers la Côte Nord du Golfe Saint-Laurent...

Myriam Alamkan : L’histoire de Théotiste Bourgeois va se décliner en une trilogie, que couvre-t-elle ?

Maxime Arseneau :

Tome I: Théotiste Bourgeois, Le Drame de Beaubassin. (Période historique qui couvre la Déportation)

Tome II : Théotiste Bourgeois, Les enfants du Roy. (Période historique couvrant la Guerre de sept ans, la guerre d'indépendance américaine.)

Tome III : Théotiste Bourgeois, Il existe un coin charmant. ( Titre provisoire, couvrant le traité de Paris 1783 et la Révolution française )

(Maxime Arseneau 21 décembre 2015)

N'hésitez pas à commander vos exemplaires!

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Published by Myriam Alamkan - dans Janvier 2016
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21 décembre 2015 1 21 /12 /décembre /2015 22:13

Jean-Claude Degras consacre une nouvelle biographie à un personnage historique: Eugénie Tell-Eboué après avoir consacré un ouvrage à Camille Mortenol.

Nouveauté à découvrir: Eugénie Tell-Eboué, histoire d'une passion

Plus que simplement l'épouse du gouverneur Félix Eboué. Eugénie Tell a eu une réelle carrière politique qui la conduisit à être la première femme de l'outre-mer français à être élue députée en 1945. Elle siégea au Palais Bourbon en tant que députée de la Guadeloupe, elle qui été née à Cayenne, en Guyane française, en 1891. Pour mieux connaître le destin de cette femme exceptionnelle, rendez-vous chez vos libraires:

Eugénie Tel-Eboué, histoire d'une passion. Jean-Claude Degras. Editions Rymanay. 20,00€

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Published by Myriam Alamkan - dans Décembre 2015
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10 décembre 2015 4 10 /12 /décembre /2015 11:52

Pour les habitués du blog, il faut savoir que je consacre mon mois de décembre à faire des bûches de Noël au dictame, mais quelque fois l'actualité fait que je quitte ma cuisine. Donc, je vous fais part de l'invitation envoyée hier par le port de Guadeloupe, Port-Caraïbes.

Si vous vous étonner que le port n'est "que" 40 ans c'est que l'anniversaire qui est ici célébré est celui de la création de l'entité administrative du port autonome de la Guadeloupe en 1975. Mais bien sûr l'activité portuaire de l'archipel est bien antérieure.

Show nautique exceptionnel: les 18 et 19 Décembre 2015, Pointe-à-Pitre (Guadeloupe)

La darse est un témoin privilégié de l'ancien port colonial né lorsque les Anglais vont débuter la mise en valeur du site abritant la Pointe-à-Pitre au 18ème siècle. Officiellement, la ville de Pointe-à-Pitre est fondée soit 1763 ou 1764 après le retour de la colonie sous administration française. Ville américaine par excellence, Pointe-à-Pitre est une ville en damier.

Je retourne à mes préparations de bûches de Noël! 

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Published by Myriam Alamkan - dans Décembre 2015
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3 novembre 2015 2 03 /11 /novembre /2015 11:09
Clap de fin sur les langues de l'Inde dans ses diasporaClap de fin sur les langues de l'Inde dans ses diaspora

Je vous écris depuis le Canada. Je suis levée de bonheur mais mon cerveau est lui toujours à l'heure de la Guadeloupe et ne se préoccupe pas du changement d'heure officiel au Québec. Donc, il est tôt et je suis devant mon écran.

Merci aux organisateurs et au public d'avoir participer au succès de la manifestation et puisque vous n'étiez pas tous là dans l'audience. Un petit extrait de ma conférence avant publication des actes l'an prochain.

"L’immigration indienne en Guadeloupe : la création du poste d’interprète au sein du service d’émigration.

Les récits de voyage des immigrants indiens en Guadeloupe sont généralement portés par les marins qui ont vécu au plus près des immigrants et non des immigrants eux-mêmes. Ces textes offrent un point de vue différents de celui de l’administration coloniale qui dans un premier temps ne conçoit l’immigration indienne que du simple point de vue de la force de travail.

Pour la société coloniale de Guadeloupe, après la promulgation de l’abolition de l’esclavage de 1848 il faut remplacer les anciens esclaves par d’autres travailleurs qui ne peuvent qu’être que des émigrés. Or aucun propriétaire d’esclaves n’a pris en compte les langues parlées par ces derniers et ne semblent pas s’en préoccuper pour les futurs immigrés dont ils comptent encourager le recrutement, qu’ils proviennent d’Europe comme les Madériens, d’Afrique comme les Congo, ou d’Asie comme les Chinois ou les Indiens.

Ils n’ont que le système esclavagiste français et les expériences d’immigration anglaises comme références dans leur façon d’accueillir l’autre. Or pour les esclaves nul besoin de reconnaître leur langue, leur religion, leur nourriture. Tous seront forcés d’intégrer de force la société créole. Et en une génération, les Africains deviennent des esclaves « créoles » sans aucune référence aux nations africaines, ni marques tribales, une perte de leurs langue au profit du créole local mais la société guadeloupéenne ne peut accueillir des immigrés de la même façon que les anciens esclaves.

Une réponse administrative se met progressivement en place et nous trouvons ainsi des postes d’interprète à partir de 1861 au sein du service d’émigration. Ceux–ci sont spécifiquement interprète en « langue indienne » à l’exclusion de toutes autres.

C’est pour examiner ce cas particulier que nous nous pencherons sur les raisons qui ont conduit à la création de deux postes d’interprète de « langue indienne » par la colonie de la Guadeloupe et les conséquences que cela va avoir sur le recrutement, le régime disciplinaire ou la prise en compte des maladies : comment prendre en compte l’homme et non seulement le travailleur indien ?"

Oui le service d'émigration est une curiosité parce que c'est ainsi que le désigne les documents anciens lorsqu'ils évoquent les interprètes embauchés en Inde pour accompagner les migrants originaire de l'Inde sous domination anglaise.

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Published by Myriam Alamkan - dans Novembre 2015
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25 septembre 2015 5 25 /09 /septembre /2015 11:37

Lieu: club de lecture de la MGEN, à Grand-Camp aux Abymes (Guadeloupe).

A partir de 14h30, je serais là pour vous faire découvrir mon dernier livre autour des corsaires français de Guadeloupe et de la Caraïbe. Une lecture animée autour d'un diaporama vous replongera dans l'ambiance de l'époque. Une odeur de poudre et quelques bruits de sabres qui s'entrechoquent, accompagnerons la présentation de "Vous irez porter le fer et la flamme"! Une occasion pour faire dédicacer vos exemplaires et me poser des questions en direct.

Le club est ouvert aux non-adhérents le lundi.

Rendez-vous au club de lecture de la MGEN le 28 septembre 2015
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Published by Myriam Alamkan - dans Septembre 2015
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13 septembre 2015 7 13 /09 /septembre /2015 15:16

A l’occasion des Journées Européennes du Patrimoine, les 19 et 20 septembre 2015 je vous invite à découvrir deux bateaux qui sont des symboles de l’histoire maritime des Antilles Françaises en vous proposant deux visites.

La première est celle du trois-mâts goélette « Le Toumelin » en Martinique. Vous pouvez le visiter durant tout le week-end suivant les horaires indiqués ici :

Le Toumelin est une réplique de Terre-Neuvas donc un bateau à la Grande Pêche pour la pêche à la morue. La morue est un ingrédient incontournable de la gastronomie antillaise dont la recette la plus connue demeure les incontournables accras de morue, légers et croustillants, pardons de vous donner faim en quelques lignes, je sais il y a dans ma maison comme une douce odeur d’accras en sandwich pour un didico avec une petite salade de concombres…Vous ne connaissez pas le didico ? Le didico était le premier repas de la journée de beaucoup de travailleurs. Repas salés pris vers 10h du matin pour les travailleurs comme les élèves qui débutaient leur journée de travail le ventre vide depuis, le petit-déjeuner s’est largement rependu bien que beaucoup d’élèves continuent à venir à l’école le ventre vide. Mais si les visites du Toumelin ne drainent pas un public aussi important que l’Hermione-Lafayette c’est parce que l’histoire de cette dernière est bien plus connue et surtout synonyme de l’indépendance pour les Etats-Unis.

Je vous propose la lecture d’un article de mon collègue Larrie D. Ferreiro qu’il a publié dans le New York Times du 3 juillet 2015. C’est une occasion de découvrir l’importance de l’Hermione originale dans l’histoire des jeunes Etats-Unis d’Amérique. C’est ma première traduction, soyons indulgents, je peux faire des erreurs :

"L'alliance qui a sauvé les jeunes Etats-Unis d’Amérique.

A New-York, nous célébrons ce 4 juillet en nous remémorant l’alliance qui a garantie le futur de l’Amérique.

Une réplique à l’identique du navire Hermione, la frégate qui a conduit le Marquis de La Fayette à Boston en avril 1780, est arrivée à New-York pour la fête du 4 juillet et prendra part à la parade Lafayette dans la baie de New-York. Cette réplique qui a mis 20 ans à être construite, a visité des ports de la côte est des Etats Unis pendant l’été.

L’histoire cachée derrière l’Hermione est celle de la survie de la jeune république américaine.

Les colonies ont débuté leur soulèvement armé contre la domination britannique tout en étant incapables de mener cette lutte seules, agissant ainsi comme des adolescents fuyant leurs maisons sans un sous vaillant en poche. Elles n’avaient pas de marine, presqu'aucune artillerie, une armée disparate et une milice dépourvue de l’ingrédient le plus élémentaire à une guerre moderne : la poudre à canons.

Peu de temps après la bataille de Bunker Hill, Benjamin Franklin nota que « l’armée n’avait pas cinq mesures de poudre par homme. Le monde se demandait pourquoi nous étions si avare de coups de canons, c’est parce que nous ne pouvions nous le permettre. »

L’Amérique avait désespérément besoin d’impliquer à leurs côtés les adversaires historiques de l’Angleterre, la France et l’Espagne, les seules à disposer d’une puissance militaire comparable aux Britanniques.

Ni la France ni l’Espagne ne souhaitaient prendre part à une guerre civile anglaise. Les Etats-Unis devaient démontrer qu’ils étaient une nation distincte, combattant un ennemi commun : le Royaume-Uni.

Comment convaincre le roi Louis XVI et le roi Charles III d’Espagne d’aider les colonies américaines assiégées ? Le Second Congrès Continental confia à Thomas Jefferson la charge de rédiger un texte en ce sens.

La déclaration qui naquit sous la main de Jefferson, indiquait clairement que « ces Colonies Unies sont et ont le droit d’être des Etats libres et indépendants ». Ce fut en réalité une invitation faite à ces deux nations de les rejoindre dans l’alliance contre la Grande-Bretagne.

L’homme qui a proposé en premier cette déclaration, Richard Henry Lee originaire de Virginie, l’expliquait clairement : « ce n’était pas un choix mais une nécessité d’appeler à l’indépendance car c’était le seul moyen d’obtenir une aide étrangère. »

Ce document fût approuvé par le Second Congrès Continental le 4 Juillet et immédiatement envoyé en Europe, avec l’espoir que cette alliance viendrait bientôt. Ce texte fut connu, bien entendu, comme la Déclaration d’Indépendance, mais il aurait pu être également l’être comme la « Déclaration que nous dépendons de la France (et de l’Espagne également) ».

Gilbert du Motier, le marquis de Lafayette, devient un des symboles les plus puissants de l’alliance découlant de la Déclaration d’ Indépendance. Le jeune aristocrate de 19 ans qui arriva aux Etats-Unis en juillet 1777 comme volontaire bénévole est rapidement devenu un des officiers favoris de George Washington.

Comme beaucoup de ses compatriotes français qui s’engagèrent comme volontaires, il prouva sa dévotion à la cause américaine à de nombreuses reprises durant les batailles de Brandywine, Monmouth et à Valley Forge.

En 1778, la France signe le traité d’alliance avec les Etats-Unis, qui les implique dans la bataille contre les Anglais. L’Espagne les suivit dans la bataille l’année suivante, ce qui signifie que les Anglais devaient désormais envoyer leurs troupes loin des Etats-Unis pour défendre ses possessions en Floride et en Caraïbes et même sur ses propres côtes.

Cependant, les Américains ne parvenaient toujours pas reporter une victoire décisive contre l’armée anglaise. Lafayette retournât en France en 1779 pour obtenir plus d’aide de Louis XVI. Le souverain français promis des bateaux et 6 000 hommes de troupes sous le commandement du général Rochambeau pour combattre aux côtés de Washington.

En avril 1780, Lafayette arrive à Boston à bord de la frégate Hermione avec des bonnes nouvelles, Rochambeau arrive à Newport, Rhode Island, trois mois plus tard. Alors que les combats continuaient dans le Sud, l’Espagne reconquit la Floride passée aux mains des Anglais et ainsi enleva une menace majeure contre les Etats-Unis, les généraux français et américains organisaient leur campagne.

En octobre 1781, après une épique marche conjointe, ils acculèrent le général Cornwaliss à Yorktown et le contraignit à la reddition.

Le gouvernement anglais capitulât rapidement après. L’indépendance de l’Amérique était désormais assurée. »

Larrie D. Ferreiro est l’auteur d’un ouvrage à paraître « Brothers at Arms : France, Spain and the Men Who Saved American Independence » (Alfred A. Knopf).

L’histoire de l’Hermione a des échos dans celle des Antilles et de la Guyane Française. C’est ainsi que que le général Jean-Baptiste Donatien de Vimeur de Rochambeau a donné son nom à l’aéroport de Cayenne. Edifié pendant la Seconde Guerre Mondiale par les Américains, l’aéroport de Rochambeau a été rebaptisé aéroport Félix Eboué en 2012. A cette époque, le nom de Rochambeau était le plus souvent associé à la période sombre de l’histoire de l’indépendance haïtienne Donatien Marie-Joseph de Vimeur vicomte de Rochambeau fils du vainqueur de Yorktown s’est fait connaître pour sa férocité envers les rebelles haïtiens.

Il faut encore souligner qu’une partie des Français ayant participé à la guerre d’Indépendance des Etats-Unis étaient des coloniaux venus des colonies américaines de la France dont un certain nombre venus de Saint-Domingue comme l’a rappelé Jean-Louis Donnadieu dans son « Toussaint Louverture »(Belin, 2014).

Le corps de « Chasseurs volontaires de Saint-Domingue » incorporait des blancs et des gens de couleur libres. Parmi les 800 « indigènes » nous trouvons Janvier Dessalines, gendre de Toussaint Bréda futur Louverture ou encore Henri Christophe futur roi d’Haïti. Le mulâtre André Rigaud en fut également membre. En 2007, un monument fut érigé à Savannah (Géorgie) en l’honneur des « Chasseurs volontaires de Saint-Domingue » qui ont combattu lors du siège de la ville le 9 octobre 1779.La Guadeloupe envoyât un régiment qui perdit officiellement trois de ses membres durant le siège de Savannah (1779, voire p 46) tout comme les régiments de Port-au-Prince (10 morts) ou du Cap (3 morts). Signalons également que des troupes de Martinique participèrent à la guerre d’indépendance des colonies anglaises d’Amérique.

Bonnes journées européennes du patrimoine. (Remercîments, Larrie D. Ferreiro et Jean-Louis Donnadieu).

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Published by Myriam Alamkan - dans Septembre 2015
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19 août 2015 3 19 /08 /août /2015 22:38
Pernambouc-Guadeloupe-Pernambouc deux voyages inattendus

Après un long silence dû à la rédaction de plusieurs articles pour et dans l'ordre: US Naval Academy, préparer la publication pour Terre-Neuve, préparer celle pour Octobre et Novembre prochains. Alors un petit extrait de mon travail présenté en public à l'occasion de la Fête du Crabe, 2014 à Morne-à-L'Eau.

...

L’apport amérindien de notre culture a ici, l’odeur et la saveur des crabes de terre, ou de mangrove. C’est également le goût et la saveur de l’enfance pour beaucoup de Guadeloupéens nourrit avec une bonne crème de dictame. La plante que nous connaissons sous le nom de dictame ou de giniara n’est pas indigène de la Guadeloupe. Sur les pirogues, il a été transporté par les Amérindiens depuis le plateau des Guyanes et du nord du Brésil actuel. Cet aspect sera évoqué à travers l’exposition que l’association a mise en place autour de la route maritime empruntée par le dictame (l'exposition n'est plus visible actuellement).

Une autre proposition de voyage concerne plus spécifiquement le Pernambouc à travers deux voyages inattendus. Le hasard va faire l’histoire avec l’arrivée inopinée de migrants Hollandais chassés du Brésil sur les côtes de Guadeloupe en février 1654. Le second voyage inattendu concernera une croisière d’un bâtiment corsaire français au large de l’archipel de Fernando de Noronha inclus administrativement dans le Pernambouc.

La représentation que nous nous faisons de notre histoire est souvent limitée à la sphère française. Les apports des autres puissances coloniales, qu’elles soient espagnole, britannique ou néerlandaise à notre histoire sont moins connus.

Le Pernambouc est un état brésilien dont le lien avec la Guadeloupe est l’un des plus anciens. En 1654, chassé par l’arrivée des catholiques portugais de Recife (capitale actuelle de l’état du Pernambouc), des Hollandais protestants et juifs sont chassés du Brésil et trouvent refuge en Guadeloupe. Parmi ces familles, les Melse dont un des fils sera le premier colon né à Marie-Galante. En 360 ans les Melse se sont durablement installés en Guadeloupe. Le nom de famille est encore porté de nos jours.

Près d’un siècle plus tard, des corsaires français sont armés en Guadeloupe durant la Révolution Française et le Premier Empire. Certains prennent la route de Fernando do Noronha, ile au large de Recife. Car bien que l’esclavage soit officiellement aboli, en 1794, certains corsaires viennent y capturer des bâtiments négriers et pas dans le but de libérer leurs cargaisons de Bois d’Ebène.

En rouge, l'état du Pernambouc

En rouge, l'état du Pernambouc

Ancienne carte du Brésil
Ancienne carte du Brésil

1-Pernambouc-Guadeloupe : les Hollandais chassés du Brésil.

L’année 1654 marque un tournant dans l’histoire des Antilles françaises. Avant cette date, tous les efforts faits par les colons français pour fabriquer du sucre à partir de la canne à sucre ont été vains. Les colons français souhaitent imiter l’exemple brésilien car dans la région du Pernambouc, les colons portugais et hollandais ont réussit à produire du sucre en quantité et à le vendre sur le marché européen. Ils ont non seulement compris la façon de fabriquer le sucre mais aussi créer une méthode de production de la canne et du sucre basé sur le travail forcé d’esclaves africains. Ces esclaves vont pouvoir être transporté depuis l’Angola devenu colonie hollandaise en 1648.

Le Pernambouc a d’abord été connu, en Europe, pour ses productions tinctoriales. Une belle couleur rouge est tirée d’un arbre local le Pernambouc, appelé aussi le pau-brazil, l’arbre brésil. Cette nuance de rouge fera la notoriété de cette colonie sud-américaine et va donner son nom à la région toute entière : le Brésil.

Nous connaissons mieux le Brésil comme colonie portugaise, moins comme colonie espagnole, française ou néerlandaise. L’histoire des Hollandais au Brésil est celui d’une tentative avortée. L’expérience hollandaise débute non pas au Pernambouc mais à Salvador de Bahia en 1624. En 1629, la Compagnie Hollandaise des Indes Occidentales la W.I.C conquière des terres au Pernambouc et installe à la tête de cette nouvelle colonie Jean-Maurice de Nassau. C’est lui qui va favoriser le voyage de Frans Post, peintre paysagiste hollandais, entre 1637 et 1644 pour faire mieux connaître la colonie en Europe.

Fans Post, paysage à Olinda (Brésil)/ View of Olinda, Brazil, Frans Jansz Post, 1662  oil on canvas, h 107.5c

Fans Post, paysage à Olinda (Brésil)/ View of Olinda, Brazil, Frans Jansz Post, 1662 oil on canvas, h 107.5c

Si Frans Post est bien originaire de la province de Hollande, tous les Hollandais du Brésil ne le sont pas. Une partie des colons viennent des autres provinces néerlandaises comme la Zélande (Flessingue). Pour les Français du XVIIème siècle, la Hollande qui épouse l’ensemble des Pays-Bas c’est donc très logiquement qu’ils désignent les colons néerlandais et leurs esclaves comme des Hollandais. C’est sous la plume du père Jean-Baptiste du Tertre que les premiers éléments de ce voyage prennent formes.

Il explique dans le chapitre 17 de son livre « Histoire générale des Antilles occupée par les Français », les conditions d’arrivée des Hollandais dans l’archipel français. Les Hollandais viennent de « Récife et d’autres places du Brésil ». Il cite l’île de Tamarica, Pareïba et bien sur Récife. Les Hollandais se sont installés au Pernambouc à partir de 1630, la ville de Récife a été fondée à partir d’un simple village de pêcheurs. Elle n’est pas encore la capitale de la capitainerie de Pernambouc, c’est Olinda la ville la plus connue. Elle a été conquise par les Hollandais le 10 Février 1630. (Histoire générale des voyages, Antoine François Prévost, Didot 1758. Page 168).

Tamarica est mieux connue aujourd’hui sous le nom de Itamaricá. C’est une île qui fait partie de la région métropolitaine de Recife. Elle abrite les vestiges d’un ancien fort hollandais, le Fort Orange. L’Ile de Itamaricá, huitième capitainerie portugaise est séparée du continent que par un mince canal. Proche de la ville d’Olinda, les Hollandais vont grâce à l’établissement du Fort Orange prendre l’avantage sur le fort portugais situé un peu plus loin, mais ce succès ne sera durable.

La ville de Pareïba est située à l’embouchure du fleuve Paraiba, sur un ancien site mis en valeur par les Portugais. Toute cette région après avoir prospérer grâce au commerce de bois brésil, est désormais tournée vers le sucre. Des sucreries et des moulins rythment le paysage au moment de l’expulsion des Hollandais en 1654.

Ce sont plusieurs bâtiments Hollandais qui se présentent début 1654 en Martinique puis en Guadeloupe. Leur venue en Martinique est une aubaine, l’historien Armand Nicolas la présente ainsi :

« A la Martinique avant 1654, tous les efforts ont abouti à l’échec et aucune sucrerie ne fonctionne. On n’obtient qu’une sorte de bouillie noirâtre.

Il faudra l’arrivée en Martinique en 1654 des Hollandais (juifs surtout), chassés du Brésil par les Portugais, pour qu’ils apportent le secret de fabrication et de raffinage du sucre ainsi que les moules où le sucre se cristallise. Ils sont accompagnés d’esclaves noirs qui sont déjà expérimentés dans ce domaine.

Les Hollandais sollicitent Du Parquet d’être accueillis en Martinique.

Du Parquet est prêt à faciliter leur installation, d’autant plus que ce sont les Hollandais qui viennent de tirer la colonie d’un mauvais pas. C’est en effet grâce aux canons de leurs navires que peut se briser l’encerclement de Saint-Pierre(*) par une coalition de Caraïbes et de nègres marrons. La situation de Saint-Pierre était critique : l’intervention hollandaise la sauva. Les Caraïbes furent repoussés.

Mais le Supérieur des jésuites de l’île, hostile à l’installation de ces protestants hollandais, fait pression sur Du Parquet qui est obligé de s’incliner. »

Les Hollandais arrivent alors en Guadeloupe, où Houël n’a pas les mêmes difficultés que Du Parquet à les accepter. Le 28 février 1654, un premier bâtiment hollandais se présente en Guadeloupe. Ce sont des Hollandais de Itamarica, ils sont accompagnés de leurs esclaves. La nuit suivante, deux autres bâtiments ont un bateau hollandais et une prise anglaise atterrissent au mouillage. Trois autres bâtiments hollandais vont atterrir peu après. C’est dont une escadre de cinq bâtiments hollandais qui vont transporter près de 1200 personnes qui vont arriver de l’ancienne Nouvelle Hollande ou Nouvelle Néerlande, libres et esclaves mais ces nouveaux Un dernier bâtiment avec près de 300 personnes va aborder plus tardivement en Martinique où cette dernière tentative sera accueilli plus favorablement par Du Parquet en dépit des manœuvres des jésuites. Il va leur donner des terres : « le grand cul de sac Royal » qui est mieux connu aujourd’hui sous le nom de baie des Flamands autour de laquelle s’élève actuellement la ville de Fort-de-France.

Frans Post. Engenho de Pernambuco

Frans Post. Engenho de Pernambuco

Les registres de catholicité ou paroissiaux de la Guadeloupe vont témoigner de ce nouvel apport. Jean Melse apparait dans plusieurs actes de baptêmes, de mariages et même de décès. Il est nommé ainsi : Jean Melse dit le Flamand. Des sources complémentaires, lui donne comme lieu de naissance Flessingue, actuel Pays-Bas. C’est un port de la région de Zélande. Sa première épouse Marie Fernande est notée simplement native du Brésil sans plus de renseignements. Ce n’est pas parce que cette immigration est dite hollandaise que l’ensemble des nouveaux venus soit réellement originaire de Hollande, ils partageaient simplement tous le fait d’avoir vécu dans la Nouvelle Néerlande.

De leur voyage vers les Antilles françaises, nous avons peu de détails. Le père Du Tertre rapporte que les Hollandais ont capturé une riche prise anglaise à la hauteur de la Barbade. Or cette île colonie anglaise a des liens commerciaux avec la colonie hollandaise de Recife. Maurice Burac nous explique dans son livre "La Barbade: les mutations récentes d'une île sucrière" (p23) que:dès 1637, Pieter Blower introduisit la canne à sucre du Brésil à la Barbade. Il poursuit en disant: "La plante servit d'abord à la production de rhum, puis à partir de 1642 de sucre. Toute la technologie fut importée du Brésil. Même la main-d'oeuvre allait être offerte par les Hollandais, à savoir des Noirs esclaves en provenance d'Afrique de l'Ouest et transitant par Curaçao." (Presses universitaires de Bordeaux, 1993).

Mais revenons aux Antilles françaises. Nous avons donc une indication sur la route Nord empruntée par l’escadre Hollandaise et une explication sur le second lieu d’atterrage : la Martinique puis la Guadeloupe. La perte de Recife date du 26 janvier 1654, les bâtiments hollandais vont mettre environ 1 mois pour rejoindre les Antilles françaises.

La conséquence la plus connue de l’arrivée des Hollandais est bien sur le développement de la production de sucre. La méthode de fabrication nous a été décrite en détail par un autre prêtre catholique : le père Labat. L’arrivée des Hollandais est aussi la date de l’arrivée massive de deux minorités religieuses dans la colonie : des protestants partis des actuels Pays-Bas mais aussi des juifs originaires d’Espagne, du Portugal et des Provinces Unies dont Amsterdam.

Rue des Juifs (Recife, Pernambouc).

Rue des Juifs (Recife, Pernambouc).

Eloignée, physiquement du pouvoir royal, la colonie de la Guadeloupe peut accueillir ces minorités, mais elles ne peuvent pas totalement échapper à la politique royale. Les minorités vont disparaître rapidement. Les abjurations prennent la forme d’acte de baptême catholique. Les plus connus sont ceux de Capesterre-Belle-Eau.

En Guadeloupe, il y aura deux recensements évoquant des propriétaires protestants et rien sur les juifs. Or il y avait bien des juifs parmi les Hollandais. Le père Du Tertre en signale sept ou huit dans le convoi qui s’installe en Martinique.

Dans la ville de Mauritsstad, actuellement celle de Recife, ont vécu durant la Nouvelle Néerlande, des communautés protestantes et juives. La plus vielle synagogue du Nouveau Monde y sera bâtie. L’harmonie entre différentes communautés religieuses ne va pas de soi dans une colonie française et catholique.

Le Brésil hollandais

Le Brésil hollandais

Dans les royaumes européens catholiques, les minorités religieuses ont subi nombre de vexations, persécutions voir des massacres dont celui de la Saint-Barthélemy française, le 24 août 1574 est sans doute l’exemple le plus connus. En France, l’édit de Nantes de 1598 a reconnu aux huguenots une liberté de culte très encadrée par le pouvoir royal et limité territorialement à certaines villes. Catholiques comme protestants ne seront pas entièrement satisfait par sa signature mais jusqu’à sa révocation par Louis XIV, les relations entre protestants et catholiques apparaîtront apaiser de façon formelle au niveau de l’état. Dans la réalité individuelle, les zones de tensions entre catholiques et protestants ne vont pas disparaître si facilement.

Pour les juifs, la vie dans le royaume de France n’est pas plus facile. Le royaume de France prononça leur expulsion officiellement en 1394 mais dans les faits, les juifs ne seront pas chassés de l’ensemble du territoire que nous connaissons actuellement sous le nom de France, comme cela sera le cas dans le Dauphiné et en Alsace. Pour les colonies françaises d’Amérique, leur histoire officielle débute en 1654 avec l’arrivée des migrants du Pernambouc en Martinique.Cependant les travaux de l’historien Gérard Lafleur montre que l’immigration juive s’est limitée uniquement à la Martinique.

Extrait des registres des Saintes (Terre de Bas)

« Le même jour (23 octobre 1692) Jean Melse dit le flamand âgé d’environ septante ans est décédé et enterré dans l’église paroisse de Saint Nicolas de la Terre de Bas des Iles des Saintes. Il est mort en fort bon chrétien ayant reçu tous ses sacrements et donné des marques d’un bon catholique. »

Jean Melse est probablement arrivé en 1654. Il y avait selon le père Du Tertre 1200 hommes dont 900 vont mettre pied à terre à Basse-Terre. Il compte également 300 soldats, 300 esclaves et 200 femmes. C’est un apport important car la population de la colonie de la Guadeloupe était estimée à environ 15 000 personnes.

Grâce aux actes de baptême de ses enfants nous savons que Jean Melse dit le Flamand et son épouse Marie Fernande vont vivre un temps à Marie-Galante avant de s’installer durablement à Terre de Bas. Leur fils : Toussaint Melse est né à Marie-Galante. Il est inscrit sur son acte de naissance premier colon de Marie-Galante. Mais l’essentiel des actes paroissiaux vont concerner les Saintes, Terre de Bas puis Terre de Haut.

C’est un acte dressé par le père Boniface, de l’ordre carme qui l’a dressé. Ce qui attire c’est la mention « il est mort en fort bon chrétien… » Jean Melse a probablement abjurer sa foi protestante. Il est d’ailleurs inhumé en terre consacrée, directement dans l’église. Cependant deux de ses enfants vont s’allier à des familles protestantes comme c’est le cas de Pierre probablement né à Terre de Bas qui va se marier à Dina Esther Valette fille de Jacques Valette, hollandais il est selon la formule de l’époque : « habitant sucrier à Vieux Fort l’Olive. »

Pour se fondre dans la population de la Guadeloupe, il est bon pour les protestants d’abjurer leur ancienne foi. Cependant, toutes ses conversions ne sont pas forcément d’authentique conversion catholique. Jean Melse a-t-il abjuré sa foi réformée ou bien est-ce une simple façade ?

Le recensement nominatif de 1671 mentionne un Jean le Flamand ou dit Jean Melse propriétaire d’un magasin à Basse-Terre. Son épouse Marie Rodriguez et lui sont également présent aux Saintes (Terre de Bas ?) où ils ont 3 garçons, 3 filles, 3 nègres et 1 négresse.

A lire d’autres documents Jean Melse et les siens sont bien devenu de bon catholiques. Dans les actes de baptême de Capesterre Belle Eau on trouve en date du 14 octobre 1657 le baptême d’Innocent fils de Jean Flamand et sa femme. Ce Jean Flamand est protestant mais l’enfant catholique avec un parrain et une marraine qui devront être attentif à élever ce dernier dans la foi catholique. Cependant nous n’avons aucun document disant que ce Jean Flamand soit Jean Melse dit Le Flamand.

Intéressons-nous à l’épouse de Jean Melse, Marie Fernande ou Marie Rodrigues, ou suivant la tradition portugaise Maria Fernandez-Rodriguez. Nous n’avons aucun renseignement sur sa religion sauf qu’elle n’est pas catholique puisqu’aucun acte la concernant ne parle de sa paroisse de naissance. Est-elle protestante ou juive ?

Les doutes sur la religion de Marie Fernandez-Rodriguez sont légitimes car elle est née au Brésil. Elle fait partie de l’immigration portugaise plus ancienne que l’immigration hollandaise. Or une partie des juifs fuyant l’Inquisition espagnole, s’est établi au Portugal et certains se sont installés au Brésil. Si l’on examine la liste officielle établi en 2014 par le gouvernement espagnol concernant la naturalisation des juifs séfarades chassés par l’Inquisition en 1492, les noms de famille : Fernandes et Rodriguez sont mentionnés. De plus les chercheurs brésiliens comme José Antoni o Gonsalves de Mello, répertorie également dans son dictionnaire des juifs résidents dans le Nordeste entre 1630 et 1654 Fernandes ou Rodrigues…

Un fait est sûr. Il y a eu des juifs en Nouvelle Néerlande. Certain seront sur les bateaux des Hollandais venu en Martinique, pour la Guadeloupe les chercheurs considèrent que non, mais ils se sont focalisés sur les hommes. Les femmes ont moins retenu l’attention. Parmi les juifs venus aux Antilles françaises aucun n’aura destin plus singulier que Benjamin Andrade d’Acosta. En Martinique, il fondra la première sucrerie efficace de Saint-Pierre puis quittera la Martinique pour s’installer à Curaçao avec ses plants de cacao rapporté du Venezuela. Il avait déjà fait pousser des plants en Martinique vers 1660 comme l’atteste le père Labat. La petite communauté juive de la Guadeloupe va devoir quitter les colonies françaises à la promulgation du Code Noir qui va leur donner trois mois pour quitter le territoire.

Carte géographique de Recife hollandais (Pernambouc)

Carte géographique de Recife hollandais (Pernambouc)

Nous avons identifié grâce au père Du Tertre que les Hollandais sont arrivés sur 6 bâtiments en Guadeloupe et Martinique. Cependant, les sources brésiliennes évoquent le départ de 16 bâtiments suite à la perte de Recife. Les autres bâtiments ont atterri dans d’autres sites dont Amsterdam et la colonie néerlandaise de la Nouvelle Amsterdam, future New-York.

Les Hollandais qui vont rester en Guadeloupe vont se fondre dans la population générale. Dès la deuxième génération, les Melse comptent un conseiller au Conseil Souverain de l’archipel. Par un jeu d’alliance, nous les trouvons rapidement en Dominique où ils sont alliés à la famille Bioche qui a laissé leur nom à un village dans la paroisse de Saint-Peter.

Les Melse vont également se répartir dans les communes de Guadeloupe, au sud Basse-Terre, à Marie-Galante et à Sainte-Anne où une anse a très longtemps porter le nom d’Anse Melse avant de devenir les Galbas. Puis nous retrouvons leur nom durant Révolution Française, où un Antoine Melse sera capitaine de corsaire. Désormais, les Melse sont des colons français et catholiques..." (à suivre).

Je précise que je suis moi-même une descendante de Jean Melse et de Maria Fernandes-Rodriguez...Surprenant n'est-ce pas?

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Published by Myriam Alamkan - dans Août 2015
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21 juillet 2015 2 21 /07 /juillet /2015 15:31
29 Juillet 2015: rencontre autour de "Vous irez porter le fer et la flamme" à Basse-Terre, Guadeloupe

Le mercredi 29 Juillet 2015 à 18h30, la Mairie de Basse-Terre et la Maison du Patrimoine et l'association Trésors du Patrimoine vous invite à une rencontre littéraire autour de l'ouvrage de Myriam Alamkan "Vous irez porter le fer et la flamme", éditions Ibis Rouge, 201.

Découvrez ou redécouvrez l'histoire des corsaires français durant la Révolution Française et le Premier Empire.

C'est avec grand plaisir que nous revenons à Basse-Terre après avoir animer ses rues avec notre spectacle: "Basse-Terre, souvenirs corsaires" du 8 Novembre 2014.

Une séance de dédicace clôturera notre manifestation.

Possibilité d'achat du livre sur place, prix de vente 20€

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En souvenir de cet événement, je vous remets le programme du 8 novembre 2014. A la question mainte fois posée, vous aller le refaire? Pour l'instant notre troupe héroïque de comédiens est en vacances (Atelier théâtre de l'Université des Antilles, de la ville de Petit-Bourg et de l'Artchipel) et puis il faut trouver des partenaires financiers alors je ne manquerais pas de vous prévenir, mais oui nous souhaitons le refaire.

Merci à tous et encore bravo à nos comédiens.

29 Juillet 2015: rencontre autour de "Vous irez porter le fer et la flamme" à Basse-Terre, Guadeloupe
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Published by Myriam Alamkan - dans Juillet 2015
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