Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
21 février 2015 6 21 /02 /février /2015 15:51

Reprise du blog après un longue interruption du à ...une rechute du chikungunya (eh oui, j'ai également cette vacherie douloureuse...), je lisais tranquillement mon exemplaire du journal "Le Point" du 19 février 2015 hier quand je tombe sur cette affirmation de M. Mozaffari: " Le Danemark est un pays sans passé colonial, qui ne savait donc rien de la culture musulmane avant d'ouvrir ses frontières aux Turcs, aux Palestiniens, aux Irakiens, soit en tant que travailleurs immigrés, soit au titre de réfugiés politiques".

La première partie de cette affirmation pose quelques problèmes. M. Mozaffari a probablement oublié que oui le Danemark avait un passé colonial et que si il n'était pas présent dans le Moyen-Orient ou en Turquie, le Danemark fut bel et bien une puissance coloniale en Amérique, en Asie, en Afrique ( ex Côte-d'Or danoise est actuellement inclus dans le Ghana) et en Europe (le cas le plus connu est l'Islande qui a obtenu son indépendance durant le XXème siècle ).

L'histoire coloniale du Danemark débute en Amérique avec la prise de possession du Groenland en 1721(autonome depuis 1979) puis des îles des Petites Antilles connues sous le nom de : Saint-Thomas, Sainte-Croix et Saint-John. Elles forment depuis 1917: les Iles Vierges américaines suite à leur cession aux Etats-Unis d'Amérique.

La prise de possession du Danemark débute par l'annexion de Saint-Thomas en 1670, Saint John en 1718 et enfin Sainte-Croix rachetée aux Français. Cette dernière a été brièvement possession de l'Ordre de Malte entre 1650/1651. Comme toutes les Petites Antilles, les Iles Vierges danoises ont été marqué par le plus long crime commis contre l'humanité: l'esclavage, qui a duré près de quatre siècles pour sa version transatlantique.

En 1833, la Grande-Bretagne abolit l'esclavage dans ses colonies y compris la portion des Iles Vierges sous sa domination, La question de l'abolition doit alors se poser pour les îles voisines sous administration danoise. Le gouverneur-général des colonies danoises, Peter von Scholten est partisan d'une abolition graduelle, tout comme le gouvernement danois qui décide d'instaurer cette forme d'abolition, dans les îles Vierges danoises, en 1847. La période de transition durera 12 ans.

Cependant, une révolte d'esclaves éclate à St Croix en juillet 1848. Les esclaves parviennent à s'emparer de la ville de Frederiksted, la seconde ville la plus importante de l'île. Cette situation à St Croix va conduire le gouverneur-général à abolir l'esclavage sans phase de transition le 3 juillet 1848 pour les trois îles, outre passant les pouvoirs de sa charge.

Saint-Thomas est connue comme une terre de pirates. Le plus connu d'entre eux fut sans doute Edward Teach , Blackbeard: Barbe-Noire! Personnage devenu légendaire, la figure de Barbe-Noire est souvent représenté avec des mèches de canon allumés dans son abondante barbe lors de ses attaques. Son bateau, le Queen Ann's Revenge a été mis à jour en 1995 au large de la Caroline du Nord.

Cher Mehdi Mozaffari, le Danemark a un passé colonial

Cette association Saint-Thomas/ pirates est évoqué dans un chant de marins de Guadeloupe. C'est une chanson régulièrement entonnée à Saint-François et à la Désirade, lors des fêtes du 15-Août: A bord le navire étant sur le pont.

"...En arrivant à la Saint-Thomas

Nous sommes mouillés à dix heures du soir

Il vient une lanche pour nous débarquer

Allons vite et prompt tout le monde dépêchez

Au bout d'une heure la douane est venue

Nous étions arrêtés comme des vraiment pirates..."

 

Les Danois ont également eu une colonie en Inde dont la ville de Tranquebar, dans l'actuel Tamil Nadu en Inde du Sud. J'ai découvert cette enclave danoise à l'occasion d'un artilce paru dans la Gazette de la Guadeloupe au 18ème siècle. Je vous laisse redécouvrir ce texte en suivant le lien:

Voici quelques éléments sur le passé colonial danois qui manquait M. Mozaffari.

Repost 0
Published by Myriam Alamkan - dans Février 2015
commenter cet article
8 février 2015 7 08 /02 /février /2015 21:12

J'ai reçu ce matin ce très intéressant appel à communication pour un colloque à Saint-Pierre et Miquelon les 6 au 9 novembre 2015.

Je connais déjà un peu Terre-Neuve et bien que Saint-Pierre et Miquelon ne soit qu'à 25 km des côtes de Terre-Neuve, j'ai pas encore eu l'occasion d'y aller. Si vous avez lui mon article de la semaine dernière, vous savez que Saint-Pierre et Miquelon a une place importante dans l'histoire de la Guadeloupe, de la Martinique ou de la Guyane français, cela tiens à notre approvisionnement en morue.

Appel à contribution: la place de Saint-Pierre et Miquelon dans l'Amérique française

Extrait de ma communication à Terre-Neuve, 2013: "Une brise tropicale des îles de Guadeloupe sur le commerce de la morue avec Terre Neuve et Saint-Pierre et Miquelon 1635-1946."

"...Saint-Pierre et Miquelon apparaît dans les papiers de la Révolution Française à travers une lettre du capitaine Jean Reaut au ministre de la Marine du 6 juillet 1796. Depuis Philadelphie, il explique que son bateau chargé de café pour le compte des commissaires de la Guadeloupe à destination de Bordeaux a été capturé par les Anglais. Le capitaine fut d’abord conduit en prison aux Bermudes avant de rejoindre Halifax, avant d’être autorisé par l’amiral Murray à se rendre à Philadelphie négocier la libération de 300 prisonniers français dont « 180 sont des familles de Saint-Pierre et Miquelon »[1]. Durant la Révolution Française et le Premier Empire, en l’absence de pêche française, l’approvisionnement en morue se fera à travers les prises faites par les corsaires français armés en Guadeloupe directement sur les bateaux anglais. C’est dans ces documents que Terre Neuve sous domination anglaise apparaît dans les papiers de la Guadeloupe et de la Martinique pour mieux disparaître au cours du 19ème siècle.

Peut-être en souvenir de cette action en faveur des saint-pierrais ou à la faveur des bonnes relations commerciales entre les deux colonies, les habitants, les fonctionnaires de Saint-Pierre ont fait preuve de leur soutien aux habitants de la Guadeloupe lors du tremblement de terre de 1843 qui détruisit Pointe-à-Pitre. Une souscription permettra de collecter 2607,80 francs de l’époque. Témoignage d’une grande solidarité entre colonie, le soutient de « Saint-Pierre de Terre Neuve » comme l’écrit le capitaine de corvette Desrouseau, commandant des îles Saint-Pierre et Miquelon fera l’objet d’une publication dans la Gazette officielle de la Guadeloupe[2]."

Nous avons encore beaucoup à apprendre des relations intra-coloniales.

[1] Archives de la Défense, Vincennes. BB4-111.

[2]THIEBAUT, Claude. Sur les ruines de Pointe-à-Pitre, chronique du 8 février 1843, hommage à l’amiral Gourbeyre. Volume 2. L’Harmattan, 2008. Page 334

Appel à contribution

La place des îles Saint-Pierre et Miquelon dans l'histoire de l'Amérique française

Un colloque d'histoire du 6 au 9 novembre 2015 à Saint-Pierre et Miquelon

Dans le cadre des célébrations du bicentenaire du retour définitif de l'archipel de SaintPierre et Miquelon à la France en 1816, l'association Célébrations 2016 organise un colloque d'histoire qui traitera de la place de l'archipel français dans l'histoire de l'Amérique française. Cette manifestation est ouverte aux chercheurs, historiens, acteurs culturels et toute personne intéressée par l'archipel et son histoire.

L'association Célébrations 2016 invite les personnes et/ou organismes intéressés à faire une présentation à bien vouloir soumettre un résumé de la communication proposée qui pourra être sous forme de :

! ▪! Communication académique basée sur de la recherche

originale

! ▪! Exposé non-académique sur un des aspects de l'histoire de

Saint-Pierre et Miquelon

! ▪! Exposition sur un des aspects de l'histoire de Saint-Pierre

et Miquelon

Un résumé (maximum 200 mots) de la contribution proposée ainsi que le nom, affiliation et coordonnés de tout présentateur devront être soumis, au plus tard le 31 mars 2015, aux organisateurs du colloque à l'adresse : info@celebrations2016 avec le titre « Proposition Colloque ».

* Veuillez noter que le colloque se déroulera en français seulement.

Repost 0
Published by Myriam Alamkan - dans Février 2015
commenter cet article
31 janvier 2015 6 31 /01 /janvier /2015 10:02

J'ai passé une longue semaine à Paris à lutter contre le froid. Et depuis ma caverne, je poursuis la rédaction de mes articles en pensant à mes chères îles. Car ce matin, il fait un superbe soleil d'hiver! Je le préfère à la glace et à la pluie mêlée d'hier.

Nous nous sommes quittés la semaine dernière, après avoir évoqué Goldfinger et le Tan Robert en Martinique. En Guadeloupe, la France de Vichy avait le visage de Constant Sorin, le Tan Sorin est synonyme pour notre archipel de la Seconde Guerre Mondiale.

Deux aspects de la Seconde Guerre Mondiale: Goldfinger et le trafic de morue! (2)

"Le French Colonial Supply Mission, la Mission des Colonies et la réorganisation de l’approvisionnement en morue de la Guadeloupe entre 1943 et 1945.

Par Myriam Alamkan

Association Trésors du Patrimoine

Pour la majorité des Guadeloupéens, la Seconde Guerre Mondiale est étroitement liée à la personnalité du gouverneur Constant Sorin (1940-1943), demeurer fidèle à Vichy tout comme l’ensemble des gouverneurs des colonies françaises d’Amérique. Le « tan Sorin » (littéralement, temps Sorin, en français) est synonyme de rationnement, de trocs et de la recherche de l’autosuffisance de la colonie. Plusieurs analyses sont disponibles sur le « tan Sorin » mais très peu s’intéressent à la période où la Guadeloupe a rejoint le camp de la France Libre.

Pour la morue, il ne peut être question d’autosuffisance. Elle était principalement importée depuis les pêcheries françaises au large du Canada. Or le Canada, mais aussi Saint-Pierre et Miquelon à partir de du 24 décembre 1941, sont dans le camp opposé à Vichy, privant, en théorie, la Guadeloupe de ses sources historiques d’approvisionnement.

Le 15 juillet 1943, les colonies françaises des Antilles rejoignent officiellement le Comité Français de la Libération Nationale, il faut donc réorganiser les approvisionnements des Antilles par des canaux originaux, notamment en ce qui concerne la morue. Entre 1943 et 1945, c’est une administration particulière qui sera chargée d’organiser, depuis New York, les approvisionnements : le French Colonial Supply Mission ou la Mission Française des Colonies.

La documentation lacunaire disponible aux Archives départementales de la Guadeloupe, nous aidera à mieux comprendre les enjeux de cette réorganisation complexe qui depuis les bancs de Terre Neuve à la livraison en Guadeloupe fait intervenir outre la Mission des Colonies, un importateur portoricain pour le compte du gouverneur de la Guadeloupe. La mission a fonctionné entre 1943 et l’immédiat après-guerre. Certains dossiers ne sont officiellement clôturés qu’en 1947. Elle avait la charge de centraliser les commandes passées par les gouverneurs des colonies pour trouver des produits de toutes sortes tel, les pièces mécaniques pour les usines fabricants le sucre de canne, les seringues pour les hôpitaux, du tissu, des tee-shirts mais aussi, de la morue

La morue dans les approvisionnements ordinaires de la Guadeloupe 1939-1943.

Durant les années Trente, le commerce colonial a peu changé pour le commerce de la morue salée : « Poursuivant un trafic triangulaire séculaire, certains voiliers de grande pêche quittent les ports métropolitains avec un chargement de sel destiné à la flottille morutière de Terre Neuve, chargent la morue salée de Saint-Pierre et Miquelon et la livrent aux Antilles. Là ils chargent, notamment du rhum en futs, pour la métropole. [1]» L’entrée en guerre de la France aura bien entendu des conséquences sur l’approvisionnement de ses colonies et particulièrement en ce qui concerne la morue.

... ... ...

[1] Roger JAFFRAY, coordonnateur, Fédération Nationale du Mérite Maritime et de la Médaille d’honneur des marins. « Les transports maritimes aux Antilles et en Guyane Françaises depuis 1930 ». L’Harmattan, 2009."

Extrait des actes des Vème Journées de la Grande Pêche, Société d'Archéologie et d'histoire de la Manche.

Deux aspects de la Seconde Guerre Mondiale: Goldfinger et le trafic de morue! (2)

Je sais que pour la plus part de mes lecteurs, le trafic triangulaire est synonyme de traite négrière transatlantique. Cependant, en histoire maritime il n'existe pas qu'un seul type de trafic triangulaire. Le commerce morutier a longtemps été un commerce triangulaire. Un bâtiment unique était utilisé pour le transport du sel depuis les ports européens, vers Terre-Neuve puis de la morue était acheminée vers les Antilles et la Guyane et des Antilles partaient le rhum et le sucre.

Pour illustrer notre propos voici une carte montrant le commerce triangulaire mis en place par Jean Talon, premier intendant de la colonie de la Nouvelle-France entre 1665 et 1672. Elle montre la diversité des produits transportés suivant le modèle triangulaire, en plus de la morue et autres poissons salés.

Les campagnes de pêche à la morue étaient particulièrement longues et ont laissé de multiples traces dans la culture française et antillo-guyanaise. Mais nous ne nous intéressons ici qu'à l'aspect culinaire, une autre fois nous parlerons des chants de marins.

Carte, manuel scolaire, Le Québec, une Histoire à suivre p.95, édition le Grand Duc

Carte, manuel scolaire, Le Québec, une Histoire à suivre p.95, édition le Grand Duc

La morue est indissociable de la culture gastronomique antillaise et guyanaise. Toutes les familles ont leurs recettes. Et quasiment personne ne songe au processus qui a conduit ce poisson des mers froides à devenir un fleuron de la cuisine sous les tropiques. C'est ce questionnement qui m'a conduit à m'intéresser à ce que je nomme "la tropicalisation de la consommation de la morue" et qui a été le titre de ma première communication sur l'histoire de la consommation de la morue en Guadeloupe.

De ce travail de recherche j'en ai tiré une conférence gourmande que notre association Trésors du Patrimoine organise régulièrement en Guadeloupe pour faire découvrir l'histoire et les pratiques culinaires liées à la morue: "Mi Mori!" est une rencontre histoire et cuisine.

Nous avons reçu pour cela l'aide de plusieurs chef cuisiniers: Alexandre Rémy du Brésil et les chefs guadeloupéens Joël Kichenin et Jocelyn Corvo qui ont partagé leurs recettes avec le public et rendu chacune de nos rencontres des délices culinaires. Merci de leur aide.

Bientôt, la prochaine rencontre Mi Mori! sera peut-être près de chez vous, n'hésitez pas à vous abonner au blog pour ne pas rater la prochaine date. Car je rentre en Guadeloupe ce week-end et enfin, je retrouverais le soleil et l'humidité de mes îles.

Repost 0
Published by Myriam Alamkan - dans Janvier 2015
commenter cet article
18 janvier 2015 7 18 /01 /janvier /2015 11:57
Repost 0
Published by Myriam Alamkan - dans Janvier 2015
commenter cet article
16 janvier 2015 5 16 /01 /janvier /2015 15:06

Alors que la saison haute saison touristique nous ramène en Guadeloupe les imposants bateaux de croisière nous pouvons que saluer le haut niveau de technicité des agents de la Sécurité Civile de Guadeloupe qui ont porté assistance le 15 janvier 2015 à un passager allemand du AIDA LUNA à 23h10.

C'est la seconde fois, que les équipes de la Sécurité Civile portent assistance au AIDA LUNA. Il y a quatre ans, c'était au large de St Kitts à 02h00 du matin.

Merci à eux et à Gérard Pétrélluzzi, membre de Trésors du Patrimoine, de nous avoir averti et permit d'utiliser ses photos pour notre article.

Le AIDA LUNA à Pointe-à-Pitre (Guadeloupe).

Le AIDA LUNA à Pointe-à-Pitre (Guadeloupe).

Image d'entrainement du Dragon de la Sécurité Civile de Guadeloupe.

Image d'entrainement du Dragon de la Sécurité Civile de Guadeloupe.

Repost 0
Published by Myriam Alamkan - dans Janvier 2015
commenter cet article
14 janvier 2015 3 14 /01 /janvier /2015 12:57

Je vous relais l'invitation du Conseil Guadeloupéen pour les Langues Indiennes (CGPLI) avec lequel nous travaillons depuis plusieurs années.

Pour la 3ème fois, le CGPLI organise la fête de Pongal qui en tamoul signifie "bouilli par dessus". C'est historiquement la seule célébration hindouiste inscrite sur les contrats d'engagement des immigrés indiens venus au XIXè siècle en Guadeloupe, en Martinique...qui accordaient alors 4 jours de congés pour les célébrations du Pongal marquant le Nouvel An Tamoul.

La cuisson du riz est un des temps fort de la fête du Pongal, mis à bouillir de façon rituelle, les participants le laisse déborder c'est l'origine du mot "Pongal" et pour découvrir le reste du programme :

INVITATION : SOIRÉE DOCUMENTAIRE
avec le Pr. Appasamy MURUGAIYAN

au Centre Culturel Rémi Nainsouta (Pointe à Pitre)
Vendredi 16 janvier 2015 à 19h00

DIASPORA INDIENNE ET PATRIMOINES LINGUISTIQUE ET CULTUREL :

Film documentaire (présentation & projection) :
    Fête de Ganesh et de Mariamman en Inde du Sud

  Présentation de l’œuvre poétique (bilingue tamoul/français) :
"Le Messager de l'Hiver"

Infoline : 0690 35 22 60

En Guadeloupe, pongal a marqué le créole "pati en pangal" "partir faire pongal" est synonyme de "partir faire la fête" mais le sens a glissé vers "partir en tout sens" ou dans le désordre. Cette fête est tombée en désuetude durant le XXème siècle avant de devenir une célébration ouverte à tous et pas uniquement cultuelle sous l'égide du CGLIP.

Bonne fête de Pongal 2015.

Pongal 2015
Repost 0
Published by Myriam Alamkan - dans Janvier 2015
commenter cet article
13 janvier 2015 2 13 /01 /janvier /2015 13:58

Je vous écris depuis la lointaine Paris. Il fait un froid de gueux! Et tout en écoutant, à la télé le Prix d'Amérique (ben oui ne m'imaginez pas dehors par ce froid, je n’aime pas le froid!!!), je prends quelques instant pour vous écrire.

Le Prix d'Amérique se court sur l'hippodrome de Vincennes...et Vincennes abrite en plus de l’hippodrome, un très célèbre château-fort: le Château de Vincennes. Je m'y rendais très régulièrement car ce n'est pas uniquement un monument historique, c'est aussi le siège du service historique de la Défense (SHD). C'est donc un de mes sites préférés pour faire des recherches.

Les recherches en histoire prennent parfois des chemins tortueux.

Vous lisez un livre, ou allez voir un film avec vos amis et parfois, cela devient l'objet d'une recherche passionnante. C'est un peu ce qui s'est passé pour ma collègue Marie de Lavigne-Aubéry. Elle mène un travail sur les sources d'un très célèbre roman d'espionnage: Goldfinger qui a donné lieu à une adaptation cinématographique non moins célèbre et une chanson magnifiée par la voix de Shirley Bassey en 1964.

Troisième volet des aventures de James Bond porté au cinéma, Goldfinger, se serait inspiré d'un fait divers réel: la tentative de vol de l'or français conservé en Martinique durant la Seconde Guerre Mondiale. Si vous êtes comme moi, cinéphile, vous vous souvenez qu'une partie de Goldfinger se déroule à Miami, clin d’œil à la Caraïbe? Revenons au travail de Marie de Lavigne.

Voilà ce qu'elle nous a présenté le 7 novembre 2014 lors du colloque universitaire Dynamique Maritime et Patrimoine des Pays Insulaires en Développement Touristique international, campus de Fouillole (Université des Antilles et de la Guyane):

"Le roman d’espionnage Goldfinger qui parait pour la première fois au Royaume-Uni en 1959 est le septième de la série James Bond. Ian Fleming y met en scène la destruction des réserves d’or de Fort Knox par Auric Goldfinger, un industriel milliardaire obsédé par l’or. C’est l’opération « Grand Slam ».

Les romans de Ian Flemming ne sont pas de la pure invention. C’est dans cette perspective que nous pouvons lire dans l’ouvrage français Les Maîtres Espions. Histoire Mondiale du Renseignement1- De la Guerre Froide à nos Jours : « Toutefois Fleming gardait un bon souvenir du 2ème Bureau. Pendant la guerre, un de ses membres, Jacques Vauzanges, a aidé les services anglais aux U.S.A. (la British Security Coordination) à voler l’or des vichystes dans son île natale de la Martinique. Cet épisode fournira le point de départ de Goldfinger ».

Ian Fleming s’est inspiré du plan de William Stephenson, patron de la British Security Coordination ou B.S.C. (organisation clandestine mise en place par le Secret Intelligence Service britanique-MI6 couvrant l’Hémisphère Ouest) qui, installé à New York, proposera à Sir Winston Churchill l’intervention d’un français Jacques Vauzanges. Celui-ci organisera personnellement l’opération “ASTERICK” et le vol des les 255 tonnes d’or français mis à l’abri dans l’île la Martinique, après le détournement du croiseur Emile-Bertin en juin 1940.

Cet épisode se traduira par un échec stratégique, la France retrouvant l’intégralité de ses réserves d’or dont les 255 tonnes d’or entreposées au Fort Desaix, rapatriées le 11 mars 1946 sur le croiseur le Montcalm. Mais comment l’agent français va t’il influencer le romancier qui écrira Goldfinger bien avant la parution des premiers éléments officiels concernant non seulement l’organisation clandestine, la B.S.C. mais l’existence même de Jacques Vauzanges ?"

Le texte complet sera bientôt disponible via la publication des actes du colloque. Je vous le signalerai le temps voulu.

Bien sûr, pour la mémoire collective, la Seconde Guerre Mondiale en Martinique, c'est le "Tan Robert" (littéralement Temps Robert ou époque de Robert), du nom de l'amiral en charge du commandement en chef de l’Atlantique Ouest et du poste de haut-commissaire de France aux Antilles, à Saint-Pierre et Miquelon et en Guyane à partir de 1939. L’amiral Robert demeurât fidèle à Vichy durant le conflit. Les Antilles françaises et la Guyane rejoindront la France Libre en 1943. Durant le Tan Robert, un mouvement de résistance prendra la forme de la dissidence (voire texte de France-Antilles, Martinique).

En Martinique, tout comme en Guadeloupe, les problèmes d'approvisionnement vont toucher la population des deux colonies. Je me suis donc intéressée au trafic de morue ou comment cette précieuse denrée venue de Saint-Pierre et Miquelon et de Terre Neuve (Canada) sera acheminée jusqu'en Guadeloupe pendant le conflit.

Extrait de la page Facebook jaimelamartinique "Canal Levassor, Fort de France, (Martinique)"

Extrait de la page Facebook jaimelamartinique "Canal Levassor, Fort de France, (Martinique)"

Avant de vous quitter, je dois rajouter un petit quelque chose à propos de James Bond. Ian Flemming, avait une maison en Jamaïque nommée "Goldeneye" qui fut après son décès racheté par Bob Marley... Goldeneye sera le 17ème film de la saga James Bond !

Je vous avais bien dit que la recherche prenait parfois des chemins tortueux...

A suivre...

Repost 0
Published by Myriam Alamkan - dans Janvier 2015
commenter cet article
29 décembre 2014 1 29 /12 /décembre /2014 22:58

Si mwen té oryantal
An té ké wè'w abiyé an kimono

(Kè)
Manman'w sé antiyè
Papa'w sé antiyè
Ti moun?? sé antiyè
Nou tout nou sé antiyé

"Exile One - Fresh
P/M : Gordon Henderson/Fitzroy Williams
Chantè : G. Henderson " Extrait du site paroles.zouker.com

En version française (désolée de traduire une si belle oeuvre)

Si j'étais oriental,

Je te verrais habillée en kimono

Ta maman est Antillaise

Ton papa est Antillais

Les enfants sont Antillais

Nous sommes tous Antillais

Extrait du site www.zouknostalgie.com!

Merci à Gordon Henderson né à la Dominique d'affirmer ainsi que nous tous sommes Antillais car à entendre des déclarations en télé, radio, sur wikipédia, dans les cars, sur le marché...les Antilles se limiteraient aux seuls îles parlant le Français...

Dès le 18ème siècle, vous pouvez lire ceci: "On donne aujourd'hui le nom d'Antilles à cette grande quantité d'îles qui forment entr'elles une espèce de cercle au devant des îles du Golfe de Mexique; & qui furent découvertes en 1492 par Christophe Colomb. Elles prient d'abord le nom d'Iles Caraïbes, de celui de leurs premiers Habitants; mais furent ensuite divisées en grandes & petites Antilles; & ces dernieres le furent encore en Iles de Barlovento, ou sur le vent, & Sottavento, ou sous le vent." Extrait de Voyages et établissemens aux Antilles, Van Harrevelt, 1777 volume 23, page 88-89.

Aujourd'hui, nous désignons comme Antilles les îles d'Amérique situées entre la Floride et le Venezuela. La division entre les Grandes et les Petites Antilles existent toujours sur les cartes géographiques tout comme les appellations  "îles du Vent" ou "Sous le Vent", bien que ne désignant pas les mêmes îles en français ou en anglais.

Titre : Plan du port de Caliveni, du Cul-de-sac à Vache, de la rivière du chemin et de la presqu'île du fort Jeudi situés dans la partie méridionale de l'île de la Grenade, l'une des Antilles ou Caraïbes (1748)  Source : Bibliothèque nationale de France, département Cartes et plans, GE C-3582 Relation : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb40723625t Couverture : Grenade Provenance : bnf.fr Date de mise en ligne : 18/02/2014

Titre : Plan du port de Caliveni, du Cul-de-sac à Vache, de la rivière du chemin et de la presqu'île du fort Jeudi situés dans la partie méridionale de l'île de la Grenade, l'une des Antilles ou Caraïbes (1748) Source : Bibliothèque nationale de France, département Cartes et plans, GE C-3582 Relation : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb40723625t Couverture : Grenade Provenance : bnf.fr Date de mise en ligne : 18/02/2014

Quand vous examinez les cartes françaises anciennes, l'appellation "Indes occidentales" apparait comme traduite de l'anglais. Pour décrire les îles que nous connaissons actuellement sous le nom des Antilles ou de la Caraïbes, le français a bien plus souvent choisi le mot Antilles. C'est donc très rare que figure les deux appellations sur une carte géographique française comme nous le montre l'exemple plus haut.

Puisque le français mais aussi l'espagnol, affectionnent le mot Antilles, il tend à être remplacer par le mot "Caraïbe (s)" plus couramment utilisé en anglais.

Un de mes premier voyage antillais a eu lieu durant un cours d'espagnol où j'ai découvert le poème :"Por el mar de las Antillas" de Nicolas Guillién, auteur cubain, bien avant que je ne découvre les îles des Antilles par moi-même, non en bateau, mais sur notre très chère LIAT véritable trait d'union aérien entre les îles des Petites Antilles. Et puisque le bateau de papier naviguait dans mon esprit il est devenu un ouvrage bien réel : "Histoire maritime des Petites Antilles XVII ème et XVIIIème siècle".

 C'est au cours du 20ème siècle que progressivement la Caraïbe ou les Caraïbes se sont construient politiquement en quittant le statut de colonie pour devenir des états souverains. Puis ces états ont constitué des organismes supranationaux qui ont popularisé le mot de "Caraïbe(s)" incluant en plus des îles, l'espace continental autour de la Mer des Caraïbes.

Si Gordon Henderson pouvait affirmer qu'il est Antillais, d'autres chanteurs s'affirment de plus en plus comme caribbéen comme Dominique Coco s'affirme dans sa chanson"Gwada" "Carribean an yé" (je suis carribéen). 

Admiral T feat. Square One dans "Move Together" l'affirment encore plus nettement," we are caribbean", nous sommes caribéens:

"You know them can't stop we now
No matter what they do
We are the Carribean
French, english and spanish too
You know them can't stop we now
No matter how they try
We are the Caribbean
Fight together until we die"

Les chanteurs ont précédé dans leur musique, le mouvement d'intégration politique de la Guadeloupe et de la Martinique dans plusieurs organismes formant la Caraïbe sportive et politique en rejoignant en 2014 AEC (Association des Etats de la Caraïbe) en leur nom propre et non par le truchement de la France.

Entre la Guadeloupe, la Dominique, la Martinique et Sainte-Lucie demeure une liaison maritime régulière. Elle est très ancienne bien que les moyens sont résolument modernes. Au 18ème siècle nous pouvions en Guadeloupe lire la gazette de la Dominique et de Sainte-Lucie, qui étaient vendues régulièrement. Au 21ème siècle, je ne pense pas que ce soit aussi facile de lire les principales publications de nos voisins dans nos îles respectives, bien qu’Internet nous offre des possibilités indéniables de communiquer entre nous car la langue est un obstacle entre nos îles. 

Avant même de me lancer dans l'étude de l'histoire des Petites Antilles j'ai du apprendre le vieil anglais parlé au 17ème siècle et me replonger également dans l'espagnol. Je me reproche régulièrement de ne pas avoir appris le néerlandais, le suédois, le danois...Car il existe des documents sur les Antilles dans chaque langue de nos anciens colonisateurs et si peu de personnes capables de les lire. C'est ainsi qu'un rare document sur une campagne de traite négrière du 18ème siècle opéré à destination de Saint-Barthélémy est actuellement non étudié car je ne trouve personne pour lire cette langue maritime suédoise ancienne qui s'est mélangée avec les langues hanséatiques à base germanique...Il faut plus qu'un module de langue proposant uniquement l'apprentissage de l'anglais ou de l'espagnol pour appréhender l'histoire maritime des Petites Antilles et plus généralement de la Caraïbe.

Repost 0
Published by Myriam Alamkan - dans Décembre 2014
commenter cet article
11 décembre 2014 4 11 /12 /décembre /2014 10:53
Poinsettia ou Six-mois Rouge
Poinsettia ou Six-mois Rouge

Alors que dans l’atelier de fabrication de ma mère les premières bûches de Noël de dictame vont bientôt régaler les gourmands et les gourmets, je prends quelques minutes pour évoquer les cantiques de Noël qui sont entonnés un peu partout en Guadeloupe, mais aussi en Martinique, en Guyane…

Les Chanté Nwel sont affaires de l’époque nommée en créole, le « tan lontan ». Et le temps longtemps en histoire maritime et en histoire coloniale peut être daté du moins en ce qui concerne les chants de Noël.

Dans notre cas, le cantique le plus ancien toujours chanté dans nos veillées est "Les Anges dans nos campagnes" ! Chanson connue depuis le XVIème siècle en Europe, ce cantique est originaire du Languedoc, il existe en plusieurs versions pour le répertoire catholique et une version pour le culte protestant. Nous nous intéresserons qu’à celles de l’Amérique Francophone.

Dans les colonies françaises d’Amérique, les colons sont majoritairement catholiques. C’est également la religion qu’ils vont imposer à leurs esclaves. La religion catholique repose sur les prêtres qui sont à la tête de chaque paroisse qui deviendra une commune après la Révolution Française. Mais comment les cantiques de Noël sont venus en Amérique Francophone ? Très simple ils ont suivi les colons et les prêtres catholiques sur les bateaux.

Le cantique a tout d’abord quitté son Languedoc natal pour devenir populaire dans la France entière. Je vous propose la version connue à Bayeux (Calvados) pour texte de référence pour notre démonstration:

The Adoration of the Shepherds with Saint Catherine of Alexandria Cigoli (Ludovico Cardi)  (Italian, Castello di Cigoli 1559–1613 Rome)
The Adoration of the Shepherds with Saint Catherine of Alexandria Cigoli (Ludovico Cardi) (Italian, Castello di Cigoli 1559–1613 Rome)

Version Calvados (1850) : « L’écho des montagnes de Bethléem ».

1) Les anges dans nos campagnes,
Ont entonné l’hymne des cieux ;
Et l’écho de nos montagnes
Redit ce chant mélodieux :
Gloria in excelsis Deo (bis)

2) Bergers, pour qui cette fête ?
A qui s’adressent tous ces chants ?
Quelle nouvelle conquête
Signalent ces cris triomphants ?
Gloria in excelsis Deo (bis)

3) Ils annoncent la naissance
Du Libérateur d’Israël ;
Et dans leur reconnaissance,
Les bergers répondent au ciel.
Gloria in excelsis Deo (bis)

4) Allons tous de compagnie.
Sous l’humble toit qu’il a choisi
Voir l’adorable messie
A qui nous chanterons aussi
Gloria in excelsis Deo (bis)

5) Cherchons tous l’heureux village
Qui l'a vu naître sous ses toits.
Offrons-lui le tendre hommage
Et de nos cœurs et de nos voix
Gloria in excelsis Deo (bis)


6) Dans l’humilité profonde
Où vous paraissez à nos yeux,
Pour vous louer, Roi du monde,
Nous redirons ce chant joyeux.
Gloria in excelsis Deo (bis)

7) Toujours remplis du mystère

Qu’opère en aujourd’hui votre amour,
Notre devoir sur la terre
Sera de chanter chaque jour
Gloria in excelsis Deo (bis)

8) Déjà les bienheureux Anges
Les Chérubins, les Séraphins,
Occupé de vos louanges
Ont appris à dire aux humains
Gloria in excelsis Deo (bis)

9) Bergers, loin vos retraites,
Unissez-vous à leurs concerts ;
Et que vos tendres musettes
Fassent retentir dans les airs.
Gloria in excelsis Deo (bis)

10) Dociles à leur exemple,
Seigneur, nous viendrons désormais,
Au milieu de votre temple,
Chanter avec eux vos bienfaits.
Gloria in excelsis Deo (bis)

Chantez cantiques, joyeux Noël!

​En zone Amérique, liens maritimes au départ de la France se sont maintenus avec la Guadeloupe, la Martinique, la Guyane qui sont demeurées colonies françaises jusqu’en 1946. Saint-Pierre et Miquelon est également toujours française et a des liens commerciaux avec la France et les Antilles et la Guyane pour acheminer de la morue.

Maintenant que vous pouvez visualiser les liens commerciaux, nous allons pouvoir voyager en compagnie des « Anges dans nos campagnes ». A la fin du XIXème siècle, le titre n’est pas encore définitif, nous trouvons donc des versions intitulés "les Anges dans nos campagnes" et "l’écho des montagnes de Bethléem".

En 1907, Ernest Myrand publie « Noëls anciens de Nouvelle-France » au Québec. Dans cet ouvrage il explique « qu'en 1842, l’abbé Louis Lambillotte publie à Paris « Un choix de cantiques sur des airs nouveaux, pour toutes les fêtes de l’année », spécialement dédié aux maisons d’éducation. On y trouve "Les anges dans nos campagnes". Myrand ne l'a trouvé dans aucun des cinq recueils les plus anciens conservés au Québec. L'abbé Migne, dans son « Dictionnaire de noëls et de cantiques », le signale fort ancien. Il serait contemporain des noëls de Pellegrin (1706). Cependant, des vieillards consultés par Myrand disent vers que vers 1840, ce chant leur était tout nouveau et inconnu dans leur jeunesse. On peut en déduire que même chanté en France, il n'était pas nécessairement connu en Nouvelle-France. » (Merci à Michèle Arbour, depuis le Québec pour ces renseignements complémentaires). Ce cantique du Québec de 1907 et celui de la Guadeloupe de 1962 ne proposent que le titre "les Anges dans nos campagnes ". Quand « les Anges dans nos campagnes » ont-ils supplanté « l’écho des campagnes de Bethléem » ?

En tout cas, c’est encore le titre qui est proposé dans un manuel à destination des soldats, édité à Paris en 1862. Et il y a de nouveaux changements : « Quelle conquête » devient « Quel vainqueur, quelle conquête… ». Cette version est commune aux versions Québécoises et Guadeloupéennes. Donc, « Les Anges » que nous chantons viendrais peut-être de Paris vers 1862. Mais le titre n’est toujours pas « Les Anges… » , il reste "l’écho des montagnes de Bethléem".

Les paroles du cantique ont connu de grandes modifications. Deux couplets ont disparu, le couplet n°4 et n°9, d’autres changements soulignés en gras et en italiques apparaissent dans les couplets.

La Nativité, POERSON Charles ; POERSON le Père (dit)
La Nativité, POERSON Charles ; POERSON le Père (dit)

Version militaire Paris (1862) : « L’écho des montagnes de Bethléem ».

1) Les anges dans nos campagnes,
Ont entonné l’hymne des cieux ;
Et l’écho de nos montagnes
Redit ce chant mélodieux :
Gloria in excelsis Deo (bis)

2) Bergers, pour qui cette fête ?
A qui s’adressent tous ces chants ?
Quel vainqueurs quelle conquête ?
Méri
tent ces chants triomphants ?
Gloria in excelsis Deo (bis)

3) Ils annoncent la naissance
Du Libérateur d’Israël ;
Et dans leur reconnaissance,
Chantent en ce jour solennel

Gloria in excelsis Deo (bis)

5) Cherchons tous l’heureux village
Qui l'a vu naître sous ses toits ;
Offrons-lui le tendre hommage,
Et de nos cœurs et de nos voix
Gloria in excelsis Deo (bis)

6) Dans l’humilité profonde
Où vous paraissez à nos yeux,
Pour vous louer, Roi du monde,
Nous redirons ce chant joyeux.
Gloria in excelsis Deo (bis)

7) Toujours remplis du mystère
Qu’opère en aujourd’hui votre amour,
Notre devoir sur la terre
Sera de chanter chaque jour
Gloria in excelsis Deo (bis)

8) Déjà les bienheureux Anges
Les Chérubins, les Séraphins,
Occupé de vos louanges
Ont appris à dire aux humains
Gloria in excelsis Deo (bis)


10) Dociles à leur exemple,
Seigneur, nous viendrons désormais,
Au milieu de votre temple,
Chanter avec eux vos bienfaits.
Gloria in excelsis Deo (bis)

La version québécoise contemporaine est proche de la version de 1862 sans en être une copie parfaite. Le couplet n°7 a cette fois ci disparu et le n°9 est maintenu. On peut donc estimer que cette version a fait le voyage entre Québec et la France entre 1850 et 1862. Gardons à l’idée que la France a cédé le Québec aux Anglais en 1763.

Michèle Arbour, nous explique que « dans la tradition anglo-saxonne, ce serait, selon mes lectures, à partir de la St-Thomas, le 21 décembre, que l'on irait chanter de maison en maison les carols [cantiques] pour quêter en faveur des démunis.

Au Québec, on a banni les noëls des églises vers 1805. Ils étaient trop profanes. Il y aurait même eu, je ne sais plus à quel moment, interdiction de chorales. Seuls les chantres et enfants de chœur avait le droit de chanter en latin à l'époque. »

Et en Guadeloupe ? Je ne trouve pas de livres sur cet aspect spécifique. Si vous en connaissez, n’hésitez pas à m’écrire via la feuille de contact du blog. Par avance merci.

Version québécoise contemporaine : « Les Anges dans nos campagnes. »

1) Les anges dans nos campagnes,
Ont entonné l’hymne des cieux ;
Et l’écho de nos montagnes
Redit ce chant mélodieux :
Gloria in excelsis Deo (bis)

2)Bergers, pour qui cette fête ?
Quel est l'objet de tous ces chants ?
Quel vainqueur, quelle conquête
Mérite ces cris triomphants ?
Gloria in excelsis Deo (bis)

3) Ils annoncent la naissance
Du Libérateur d’Israël ;
Et pleins de reconnaissance,
Chantent ce jour si solennel.
Gloria in excelsis Deo (bis)

5) Cherchons tous l’heureux village
Qui l'a vu naître sous ses toits.
Offrons-lui le tendre hommage
Et de nos cœurs et de nos voix
Gloria in excelsis Deo (bis)

6) Dans l’humilité profonde
Où vous paraissez à nos yeux,
Pour vous louer, Roi du monde,
Nous redirons ce chant joyeux.
Gloria in excelsis Deo (bis)

8) Déjà par la bouche de l’ange,
Par les hymnes des chrétiens,
Les hommes savent la louange
Qui se chante aux parvis
divins.
Gloria in excelsis Deo (bis)

9) Bergers, quittez vos retraites,
Unissez-vous à leurs concerts ;
Et que vos tendres musettes
Fassent retentir dans les airs.
Gloria in excelsis Deo (bis)

10) Dociles à leur exemple,
Seigneur, nous viendrons désormais,
Au milieu de votre temple,
Chanter avec eux vos bienfaits.
Gloria in excelsis Deo (bis)

Si la version québécoise demeure proche des modèles français d’Europe, en Guadeloupe d’autres transformations existent. La version de 1962 est réduite à six couplets, celle de 1996 éditée par l’association Drakkar n’a plus que quatre couplets. Elle est un intermédiaire entre la version québécoise et les versions anciennes françaises donc elle est arrivée en Guadeloupe entre 1850 et 1862. L’apparition dans la version guadeloupéenne des chérubins rappelle celle de 1850. La présence de la phrase « chantent ce jour si solennel » évoque la version québécoise. Mais des détails en font une version bien différente le « Saint Rédempteur d’Israël » remplace le « libérateur d’Israël » et « la terre sait la louange ».

En Guadeloupe, le texte des « Anges dans nos campagnes » serait inspiré de la France et du Québec ? En tout cas en matière maritime c’est tout à fait possible que des interprétations ou des livres de cantiques ont emprunté les routes du commerce illégal d’alcool. Durant la Tempérance canadienne et la Prohibition états-unienne, la Guadeloupe a fourni du rhum en quantité durant la première moitié du XXème siècle à Saint-Pierre et Miquelon, au Canada, et aux Etats-Unis.

Bûche de Noël de dictame à la Groseille-Pays
Bûche de Noël de dictame à la Groseille-Pays

Version Guadeloupe (1962) : Les Anges dans nos campagnes.

1) Les anges dans nos campagnes,
Ont entonné l’hymne des cieux ;
Et l’écho de nos montagnes
Redit ce chant mélodieux :
Gloria in excelsis Deo (bis)

2) Bergers, pour qui cette fête ?
Quel est l'objet de tous ces chants ?
Quel vainqueur, quelle conquête
Mérite ces cris triomphants ?
Gloria in excelsis Deo (bis)

3) Ils annoncent la naissance
Du Saint Rédempteur d’Israël ;
Et pleins de reconnaissance,
Chantent ce jour si solennel.
Gloria in excelsis Deo (bis)

6) Dans l’humilité profonde
Où vous paraissez à nos yeux,
Pour vous louer, Roi du monde,
Nous redirons ce chant joyeux.
Gloria in excelsis Deo (bis)

8) Déjà par la voix de l’ange,
Par les hymnes des chérubins,
La terre sait la louange
Qui se chante aux parvis
divins.
Gloria in excelsis Deo (bis)

10) Dociles à leur exemple,
Seigneur, nous viendrons désormais,
Au milieu de votre temple,
Chanter avec eux vos bienfaits.
Gloria in excelsis Deo (bis).

Version Guadeloupe (Association Drakkar, 1996) Les Anges dans nos campagnes.

1) Les anges dans nos campagnes,
Ont entonné l’hymne des cieux ;
Et l’écho de nos montagnes
Redit ce chant mélodieux :
Gloria in excelsis Deo (bis)

2)Bergers, pour qui cette fête ?
Quel est l'objet de tous ces chants ?
Quel vainqueur, quelle conquête
Mérite ces cris triomphants ?
Gloria in excelsis Deo (bis)

6) Ils annoncent la naissance
Du Saint Rédempteur d’Israël ;
Et pleins de reconnaissance,
Chantent ce jour solennel.
Gloria in excelsis Deo (bis)

10) Dociles à leur exemple,
Seigneur, nous viendrons désormais,
Au milieu de votre temple,
Chanter avec eux vos bienfaits.
Gloria in excelsis Deo (bis)

Il y a matière à réflexion sur ce que nous datons comme « An tan lontan » en Guadeloupe. Notre première hypothèse est que cette époque daterait du XVIème siècle, origine connue du cantique primitif venu du Languedoc. Mais l’examen dans le détail ferait remonter le « tan lontan » à la seconde moitié du XIXème siècle.

C’est à cette époque que Philippe Delisle nous rapporte que « les structures de diffusion du catholicisme se consolident très nettement … Le manque de réussite du programme d’évangélisation des Noirs suscite en effet de nombreux projets de réorganisation du clergé colonial» (Delisle : 2000). En 1848, la seconde abolition de l’esclavage est accompagnée par l’ouverture des écoles primaires aux anciens esclaves. C’est donc très logiquement que la France va faire appel aux sœurs de Saint-Joseph de Cluny et aux frères de Ploërmel déjà présents dans les colonies pour ouvrir des classes.

« L’ordonnance de 6 novembre 1839, met à la disposition du ministre secrétaire d’Etat de la Marine et des colonies une somme de 650 000 francs, pour l’augmentation du clergé, des instituteurs primaires, des magistrats du ministère publique, de la Guadeloupe, de la Guyane française et de Bourbon.» (Max Didon : 2012) Car dans ces colonies, le culte catholique n’est pas dans le périmètre du ministère de l’intérieur… Max Didon écrit également que les livres utilisés dans le culte catholique seront commandés pour accompagner le renouveau catholique du début du XIXème siècle : « on assiste également, depuis la reprise en main de l’Eglise, à un engouement s’en (sic) précèdent pour l’achat de livres. Au fur et mesure (sic) que les édifices prennent forme ce type de commandes se multiplie » (Didon : 2012).

L’abolition de l’esclavage autorise également à tous les habitants de se déplacer librement sans autorisation préalable sur le territoire. On peut rendre visite à sa parentèle ou à des amis éloignés de la plantation, quelque fois, il faut prendre le bateau pour aller à Basse-Terre ou à Pointe-à-Pitre depuis les communes, bien que le transport des passagers apparaisse comme une activité annexe au transport des marchandises.

Et à l’image de la tradition de Noël, anglo-saxonne, des groupes de chanteurs iront bientôt de maison en maison pour chanter les cantiques durant la période de l’Avent. De nos jours, les chanté Nwèl sont toujours itinérant mais de façon différente. Ce sont des groupes organisés qui sillonnent l’archipel avec une structure ressemblant aux concerts et invitant à la danse.

L’histoire de la religion catholique est donc également celle de la Marine pour les anciennes colonies d’Amérique et de l’Océan Indien. Un particularisme qui conduit, notre association à travailler avec des associations chargées de conserver le patrimoine immatériel de notre archipel. C’est ainsi que nous avons collaboré avec Repriz pour faire une petite présentation historique des chants de marins de l’archipel.

Les cantiques de Noël sont entonnés partout, si familiers que nous ne nous rendons pas compte qu’ils sont également en danger car les versions les plus anciennes et les cantiques plus difficiles en latin comme "Adestes fideles" disparaissent des répertoires et avec eux une partie de la richesse de notre patrimoine. Nous ne souhaitons pas brider la créativité des chanteurs mais que lorsque nous déciderons de chanter des chansons du « tan lontan » nous devrions pouvoir retrouver la mélodie et les paroles qui ont été chanté pour de bon chez nous.

Je vous laisse, les premières bûches de Noël doivent être décorées…Ah une dernière question, quand la bûche de Noël est-elle arrivée dans nos traditions ? Car nous n’avons pas besoin d’alimenter de feu de cheminée ici…

A suivre...

Michèle Arbour est membre de la société d’histoire des Iles Percées (Québec, Canada).

A lire : Philippe Delisle « Histoire religieuse des Antilles et de la Guyane françaises, des chrétientés sous les tropiques ? 1815-1911. Karthala, 2000.

Max Didon « Histoire religieuse de la Guadeloupe au XIXe siècle, 1815-1911. L’Harmattan, 2012.

Repost 0
Published by Myriam Alamkan - dans Décembre 2014
commenter cet article
10 décembre 2014 3 10 /12 /décembre /2014 14:55
Repost 0
Published by Myriam Alamkan
commenter cet article