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J’ai été invité à une fête de mariage sur la plage le mois dernier. Et je me suis dit tiens, pourquoi ne pas faire une fête de mariage sur une plage? C’est original de ne pas se retrouver enfermer dans une salle… J’avais déjà été conviée par le passé à un mariage au bord de l’eau mais sous une tente là c’était une première.

Cela a toujours été une curiosité pour moi de voir les touristes européens passer la journée à la plage et y manger…un simple sandwich. Vous souriez déjà si vous connaissiez un peu les Guadeloupéens et les Martiniquais. Lors de nos pique-niques familiaux sur les plages où nous débarquons tous avec nos canaris (le récipient, pas l’oiseau ! les canaris antillais viennent de notre tradition amérindienne, ben quoi, je suis historienne ! lol) de colombos, dombrés, et autres mets variés mais certainement pas un simple petit sandwich. J’ai donc conclue très tôt que décidément, européens et Antillais ne considéraient pas la plage de la même façon.

La plage est un de nos plus grands attraits touristiques. Mais d’un point de vue historique, c’est un espace dont nous avons lentement construit pour en faire un espace convivial où nous aimons tous aller prendre un bain. Cette activité de loisirs est paradoxalement une des activités les plus récentes exercées sur une plage.

Sur la plage…  loisirs, pêche et sépultures.

La colonisation de notre espace c’est fait du littoral vers l’intérieur des terres. De nombreuses habitations disposaient au cours du 17ème siècle de pontons privés, j’évoque d’ailleurs ce fait dans mon premier livre « Histoire maritime des Petites Antilles 17ème et 18ème siècle » (Ibis Rouge éditions). Mais que ce passait-il sur les plages ? Ce n’était pas une préoccupation pour les premiers chroniqueurs historiques. Cependant, ils ont noté que le bord de mer était parfois utilisé pour caréner des bateaux comme pour Anse à la Barque (Vieux-Habitants) dont le rivage en pente douce dans une anse protégée avait tous les avantages pour les marins européens. Ils ne faisaient qu’imiter les Amérindiens qui creusaient, au bord de mer, leurs pirogues.

La plage était utilisée pour la pêche à la senne. C’est une technique de pêche ancienne qui utilisait de grands filets en bord de mer pour capturer les poissons. Le propriétaire de la senne avait besoin de nombreux bras pour ramener ses captures sur le rivage. De cette activité de pêche particulière, une distinction est faite entre les pêcheurs et les senneurs qui utilisent exclusivement ce type de pêche. Le propriétaire est souvent déclaré comme maître-senneur dans les états paroissiaux.

Sur la plage…  loisirs, pêche et sépultures.

Cependant, une activité funéraire va être développée au bord de mer où des cimetières vont être implantés côté mer. On trouve parfois dans des états paroissiaux la mention de cimetières pour nègres implantés sur des portions de terrain en bord de mer. La société esclavagiste était par essence une société prônant la division stricte du monde des vivants comme des morts. Elle imposait une séparation religieuse. Les catholiques sont inhumés dans lieux consacrés. Des colons ont été inhumés directement dans les églises. Vous pouvez lire plusieurs exemples cités par Danielle Bégot (Patrimoine de Guadeloupe, revue de la Société d’histoire de la Guadeloupe 1998, les cimetières page 21). J’ai ainsi plusieurs de mes ancêtres inhumés dans l’église de Saint-Nicolas de Terre de Bas durant le 17ème siècle. On peut légitimement se poser des questions sur les conditions d’exercice du culte au-dessus des fosses et du dégagement d’odeurs et des miasmes … Cette coutume va disparaître avec le développement des cimetières.

La société coloniale sépare également les hommes en fonction de leur couleur de peau et du statut de ces derniers : libres ou esclaves. Aux esclaves les inhumations sur les plantations et aux libres de couleur ?

A la fin du 19ème siècle, une plage du Moule se nommait : « plage du cimetière des Nègres ». Je me doute que la majorité des mouliens ignorent aujourd’hui où elle se situait. J’ai du mal à la localiser. Je peux simplement confirmer que suivant mes lectures, ce n’est pas la plage de l’Anse Sainte-Marguerite où un cimetière colonial a été mis à jour par l’INRAP (Institut National de recherches archéologiques préventives)

Ce cimetière rassemble des tombes d’esclaves. Mais où se trouve le « cimetière des Nègres », c’est-à-dire le cimetière des noirs libres ?

A la même époque, nous trouvons mention d’une autre plage-cimetière : celle de la plage du cimetière militaire entre Baillif et Basse-Terre (la ville, bien sûr pas l’île !). Ce qui montre que cette implantation en bord de mer n’est pas réservée qu’aux noirs. Je n’ai pas encore recueilli des documents relatifs à un cimetière implanté aux Raisins-Clairs à Saint-François. Il est manifeste qu’il y a un cimetière. Les archéologues vont nous documenter sur sa création et dater les plus anciennes sépultures pour nous éclairer histoire de ce site.

De nos jours, le cimetière de Port-Louis voisine avec une des plages les plus fréquentée de Guadeloupe. J’ai accompagné des proches comme parents en habit de deuil, en procession alors même que d’autres profitaient d’un bain de mer. Le rapport à la mort n’est pas le même aux Antilles qu’en Europe et je pense qu’à terme un espace mémoriel pourra être implanté à proximité de la plage des Raisins Clairs et coexister avec les baigneurs sans trop de difficultés.

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Published by Myriam Alamkan - dans Février 2016