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Le blog de Myriam Alamkan

Histoire maritime et patrimoine de la Caraïbe.

Capture de la frégate française la Pique par la frégate britannique la Blanche. 5 janvier 1795, Guadeloupe.

La capture de la frégate française la Pique par la frégate britannique la Blanche a inspiré des artistes. Le National Greenwich Museum dispose dans ses collections d’une huile sur toile de John Thomas Baines, illustrant ce fait d’armes.Une gravure originale sur le même sujet, datant de 1796, a été réalisée par Robert Dodd et John Harris.  Elle est d’ailleurs visible, en Guadeloupe, dans les collections de Kreol West Indies,  la société est à la fois, boutique-musée et galerie d’art, présente à Grand-Bourg de Marie-Galante et à Saint-François.

Capture de la frégate française la Pique par la frégate britannique la Blanche. 5 janvier 1795, Guadeloupe.

C’est sur le site de Grand-Bourg, que j’ai vu cette gravure exposée au plus près du site de cette bataille navale, car cet événement a bien eu lieu dans les eaux de la Guadeloupe. Elle mériterait d’être mieux connu car elle est emblématique du conflit franco-anglais pour le contrôle de la colonie de la Guadeloupe durant la Révolution française et le Premier Empire.

Le 4 janvier 1795, la frégate française La Pique est attaquée au sortir de la Guadeloupe, par la frégate britannique La Blanche. Cette dernière va réussir à prendre l’avantage et à capturer la frégate française La Pique, à l’issue de cet engagement, en parvenant à abattre sa mature. C’est ce moment qui marque la victoire anglaise qui est représentée sur cette image, obtenue aux premières heures du 5 janvier 1795.  Une victoire douloureuse car elle prive la Blanche de son capitaine Richard Faulknor, décédé lors de l’attaque. En tout côté britannique, huit marins y perdront la vie (incluant le capitaine Faulknor) et 21 blessés. Les Français perdront 76 marins et 110 seront blessés. (The naval history of Great Britain during the French Revolutionary and Napoleonic wars. William M James new introduction by Andrew Lambert. Stakpole books, 2002. Pages 277 à 281).

Ce 4 janvier 1795, cette prise d’une frégate française est une occasion de réaffirmer la puissance britannique face à la France car la frégate française La Pique a fait partie de l’expédition française de 1794 chargée du décret d’abolition de l’esclavage, arrivée en Grande-Terre le 2 juin. C’est elle qui transportait les commissaires de la Convention Nationale, Victor Hugues et Pierre Chrétien. Mais que faisait ces deux bâtiments au voisinage de la Guadeloupe ?

Rappelons-nous que la Guadeloupe est également le nom d’un archipel et pas seulement celui de l’île qui est, actuellement mieux connus sous le nom de Basse-Terre.

Capture de la frégate française la Pique par la frégate britannique la Blanche. 5 janvier 1795, Guadeloupe.

. En 1794, l’archipel de la Guadeloupe va connaître successivement une attaque et une occupation britannique en avril. Et le 2 juin, une attaque française permet de libérer la Grande-Terre puis la Basse-Terre de ses occupants britanniques. Mais qu’en est-il des autres îles de l’archipel aux premiers jours de janvier 1795 ?

William James indique que l’archipel des Saintes est encore possession britannique. C’est depuis la baie des Saintes que va débuter la croisière de la frégate anglaise La Blanche, dans les eaux guadeloupéennes (p 278) et ainsi, voir la frégate française La Pique à l’ancre à l’entrée de la baie de Pointe-à-Pitre.

Nous avons que la frégate la Pique, sous le commandement de Corentin de Leissègue, était impliquée dans la reconquête française de la Guadeloupe.  C’est la nouvelle de la reconquête de la Guadeloupe qui va conduire la Convention Nationale à distinguer le lieutenant de vaisseau de Leissègue et lui accorder le grande de contre-amiral. Le 17 novembre 1794, depuis le port de Brest, partira la bonne nouvelle avec en sus : « des troupes, des armes, des deux nouveaux commissaires qu’on donnait pour collègue à Victor Hugues. Celui-ci prévenu par la canonnière la Carmagnolle et la frégate la Pique, au devant de la division, pour changer son point d’attérage et lui faire éviter les forces anglaises qui croisaient au vent des îles. Mais la Carmagnolle fut obligée de se jeter à la côte de la Désirade, après un combat singulier contre la frégate la Blanche ; et la Pique fut amarinée par deux vaisseaux à la suite d’une action meurtrière avec la même frégate. » sic ( Les Antilles françaises, particulièrement la Guadeloupe, depuis leur découverte jusqu’au 1er janvier 1823, volume 3.  Eugène Edouard Boyer de Peyreleau. Brissot-Thivars, 1823. Page 42.) L’auteur signale également que la division française arriva le 6 janvier 1795 à Pointe-à-Pitre, avec les commissaires de la Convention Nationale, Antoine Lebas et Gaspard Goyrand (qui partira pour Sainte-Lucie) ainsi que des renforts en hommes avec les bataillons de la Réunion et des Antilles.

La gravure de Dodd et Harris place les côtes de la Guadeloupe en arrière-plan. Bien malin, qui pourra préciser s’il s’agit de celle de la Grande-Terre, de Marie-Galante ou de la Désirade. Car toutes ces côtes de l’une ou de l’autre de ses îles de la Guadeloupe ont, potentiellement, été visibles durant l’ensemble de du combat. Et si la Guadeloupe peut apparaître, ici, comme un décor, elle est au cœur des ambitions des Britanniques comme des Français pour sa souveraineté. Grâce à cette gravure, les Britanniques affirment leur supériorité sur mer, en dépit de la perte des îles principales de la Guadeloupe. Supériorité que les corsaires français vont tenter de leur disputer depuis cette même Guadeloupe.

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Maël Jouet 18/11/2020 12:52

Super page, merci :) au plaisir de vous voir sur mon blog. https://mael-jouet.blogspot.com/