Histoire maritime et patrimoine de la Caraïbe.
7 Février 2026
Durant le XXème siècle, l’origine des saintois a posé question car les habitants de Terre de Haut étaient bien plus « blancs » que le reste des habitants de la Guadeloupe. On les dit bien souvent descendants de Bretons et bons marins. Mais, les îles habitées des Saintes que ce soit Terre-de-Haut, Terre-de-Bas, Grand-Ilet…ont eu aussi des habitants d’origine africaines réduit en esclavage et des hommes et femmes libres de couleur. Aujourd’hui nous allons examiner l’acte de mariage de Germain Monlouis, libre de couleur et marin qui vivait à Terre-de-Haut[1], commune des Saintes, en 1832.
[1] Terre-de-Haut et sa voisine forment des entités administratives distinctes à partir du 9 août 1882 date de création de la commune de Terre-de-Bas.
Détail d'une carte nommée "Autre veüe de la baye des Saintes du coste de l'Oest" attestant du quartier du Mouillage
Le registre de l’état-civil de Terre-de-Haut de 1832 ne contient que les actes des « blancs » et « libres de couleur », les esclaves en sont exclus comme cela se pratiquait avant la première abolition de l’esclavage de 1794. La population des Saintes (libres) était environ de 1000 habitants à cette époque.
L’acte de mariage de Germain Monlouis avec sa compagne de longue date Mathurine est remarquable à plusieurs titres. Il dispose d’un état-civil complet, c’est-à-dire un nom et un prénom alors que son épouse Mathurine, elle ne dispose que d’un prénom. Durant la période suivant la première abolition de l’esclavage, la coutume est de désigner les nouveaux libres seulement par le prénom utilisé par les anciens maîtres. Vous pouvez trouver des Pierre, des Solitude, des Nicolas, des Victorine…enfin vous avez compris des prénoms européens, quelques-uns sont désignés par des surnoms mais rien qui ressemble à leur identité originelle. Disposer d’un état-civil avec un nom et un prénom est la marque des personnes libres : leur patronyme pourra être transmis à leur descendant.
Monsieur Germain Monlouis a dû payer pour acquérir une patente de liberté c’est ce que nous laisse entrevoir la mention suivante « le sieur Monlouis Germain, âgé de trente-neuf ans ainsi qu’il en résulte de l’acte qu’il nous présenté, délivré le vingt-neuf mai mil huit cent vingt deux par Monsieur le Comte de Lardenoy, Lieutenant Général Gouverneur et administrateur pour le Roi de la Guadeloupe & dépendances enregistré sous le numéro trois cent quarante, profession de capitaine et propriétaire au cabotage de la colonie. » Sa future épouse Mathurine, née à Marie-Galante, est dans le même cas mais l’acte établis cette fois par le gouverneur des Rotours est daté du 11 août 1826 et enregistré sous le numéro 34. Mais Mathurine n’a pas choisi ou ne s’est pas vu imposé un nom patronymique, c’est la raison pour laquelle elle est désignée que par son prénom.
Germain Monlouis et Mathurine bien que nés dans la colonie sont de parents inconnus, comme c’est le cas de très nombreux esclaves qu’ils soient né en Afrique ou né en Guadeloupe. L’esclavage brise très souvent les liens familiaux. Monsieur Monlouis serait né vers 1793. Il a donc été une première fois libre entre 1794 et 1802 au moment du rétablissement de l’esclavage. Nous ne savons pas exactement quand il est devenu selon la dénomination de l’époque « homme de couleur libre patenté ».
Monsieur Germain Monlouis et son épouse Mathurine apparaissent une première fois dans les registres d’état-civil de Terre-de-Haut à la naissance de leur premier enfant Stanislas né à Terre de Haut le 29 juillet 1822, né hors mariage. Si le document présenté au mariage en 1832 par Mathurine est bien la preuve de sa patente de liberté rien ne nous indique depuis quand Mathurine est libre et jouie de tous les droits des personnes libres. Nous savons qu’à la naissance de leur fils premier né Stanislas, le 29 juillet 1822, Monlouis (orthographié parfois Mont Louis) et Mathurine sont considérés comme libres. Notons juste que Monlouis, ne semble pas avoir de prénom. Il apparaitra pour la première fois dans le registre d’état-civil lors de la naissance de sa fille Louise Divilia dite Anasthasie née le 2 mai 1826. Et son prénom sera donc omis lors de la naissance de son troisième enfant, Télesphore le 22 août 1829. A la naissance de leurs enfants, les parents sont tous deux domiciliés dans le quartier du Mouillage. Mathurine exerçait la profession de marchande. Les trois enfants du couple sont légitimés lors du mariage de leurs parents. A son mariage Germain Monlouis savait signer de son nom.
Germain Monlouis exerce le métier de capitaine au cabotage. C’est le métier exercer également par deux de ses quatre témoins de mariage. Le capitaine Samson, 50 ans, ainsi que Jean-Baptiste Jude, 40 ans tous deux domiciliés à Terre de Haut. Grâce à son métier de capitaine au cabotage, Germain Monlouis est en contact avec ses deux autres témoins de mariage : Charles Liéjard, 45 ans, charpentier de maison domicilié dans la ville de Basse-Terre et Eugène Millard, 24 ans, habitant (propriétaire agricole), domicilié à Pointe-Noire, sur la côte sous-le vent de l’île de Basse-Terre.
Germain Monlouis exerce encore son métier de capitaine au cabotage, lors du décès de son épouse Mathurine, le 2 octobre 1851 à Terre de Haut. Mathurine est alors sans-emplois comme beaucoup d’épouse de l’île. Ses fils sont morts jeunes et je n’ai pas trouvé d’autres renseignements sur leur fille. Germain Monlouis est dit propriétaire mais nous ne pouvons affirmer qu’il est propriétaire de sa maison et/ou de son bateau.
Germain Monlouis apparait encore dans le Bulletin d’acte administratif de la Guadeloupe de 1843, il a fait la demande pour l’affranchissement de Monlo (Alexis), 39 ans, marin. Il se présente comme étant le beau-frère du demandeur. (Arrêté du gouverneur de la Guadeloupe du 12 octobre 1843, accordant la liberté à 37 individus.)
Voilà quelques informations que nous pouvons tirer de l’état-civil. Malheureusement ce type de document ne permet pas de savoir comment Germain Monlouis est devenu marin, ni comment il est devenu capitaine. Les professions maritimes sont exercées par des personnes aussi bien esclaves que libres dans la colonie. L’histoire de Germain Monlouis nous montre qu’au-delà de sa propre liberté il a également participé à l’affranchissement de son beau-frère Alexis Monlo, frère de Mathurine montrant la persistance des liens familiaux pour certains esclaves. La vie de Germain Monlouis nous montre aussi la diversité d’origine des saintois bien souvent ignorée ou minorée aujourd’hui.