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Le blog de Myriam Alamkan

Histoire maritime et patrimoine de la Caraïbe.

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Une capitulation avec un soupçon d’épices : à propos de la capitulation française en Guyane du 12 janvier 1809 face à la coalition luso-britannique.

Dans son édition du 19 avril 1820, la Gazette de la Martinique, reprend un article de la « Feuille de Guyane ». L’article en question est le compte rendu de la séance de la : Société guyanaise d’instruction, du 28 mars 1820. Son titre était « Sur l’époque et les circonstances de l’introduction [des] arbres à épices dans la Guyane Française ». Cet article se conclu par ces mots : « Cependant, le fruit de tant de peines et de travaux allait être perdu ; les Anglais ne s’étaient réunis aux Portugais pour attaquer la Colonie, en 1809, que dans l’intention d’y détruire tous les arbres à épices, quand, M, le Commandant Victor Hugues éloigna ce malheur par une capitulation honorable. » L’article est signé par le directeur des Cultures aux Habitations royales, le sieur Poiteau.

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Carte ancienne de la Guyane française, 1835, Andrieux éditeurs.

Carte ancienne de la Guyane française, 1835, Andrieux éditeurs.

Comment les arbres à épices ont pu être au début du XIXème siècle, un tel enjeu stratégique ? Il faut se représenter une époque où les épices étaient, pour les Européens, rares, chères et donc particulièrement convoitées. Les épices venues d’Extrême-Orient ont été un des moteurs de ce que les Européens ont nommé « les Grandes Découvertes » et qui ont ouvert la voie à la colonisation européenne des territoires producteurs d’épices. Cela a été le cas des Néerlandais qui en 1658 ont pris possession du monopole de la cannelle véritable (cinnamonum verum) à Ceylan (actuellement Sri Lanka), le girofle (syzygium aromaticum) venait lui des îles Moluques, le muscadier (myristica fragrans) poussait dans les îles Banda et toutes furent également l’objet d’un monopole Hollandais, via la VOC (Compagnie néerlandaises des Indes Orientales) durant des longues années.

 Les arbres à épices ont tous été introduits par la volonté de la France, en Guyane depuis leurs régions de production d’origine en Asie, au cours du XVIIIème siècle afin de casser le monopole Hollandais sur les épices. C’est depuis la Guyane que la partie française de cette histoire se joue dans les plantations esclavagistes qui permet l’émergence de cultures prometteuses, enfin jusqu’à l’attaque luso-britannique de 1809 conduise à la capitulation de la colonie.

Cependant, la version de la capitulation de la Guyane, développée par le sieur Poiteau, est surprenante. Est-ce que la destruction, par les Anglais, des plantations d’arbres à épices et particulièrement des girofliers ont réellement accéléré la décision de Victor Hugues de capituler le 12 janvier 1809 face à une attaque de l’alliance luso-britannique ? Je vous propose donc d’examiner l’attaque luso-britannique, elle-même, puis nous nous intéresserons à la relecture de ses évènements proposée par la société d’instruction de Guyane, une société savante locale animée par des colons et fonctionnaires français en poste dans la colonie.

Les origines du conflit entre le Portugal, le Royaume-Uni et la France.

En 1807, la France déclare la guerre au Portugal pour la punir de son manque de soutien au blocus continental du Royaume-Uni. Devant l’avancée des troupes françaises, Jean VI du Portugal, prince régent décide transférer sa cour au Brésil. Ils atterrissent à Salvador de Bahia le 20 janvier 1808. Mais ce sera depuis Rio de Janeiro, nouvelle capitale, que le prince régent envisage de répondre à la France. Or la première terre française à portée de canon est la colonie prospère de Guyane : « en 1807, la colonie produisait 1.750.000 francs de denrées contre 800.000 en 1788. [1]»

Les principales productions agricoles, pour l’exportation, de la Guyane étaient outre la canne à sucre, le café, le roucou, le cacao. La production d’épices est assez récente pour la colonie car les arbres ont été introduits en 1773 à Cayenne. En 1788, la colonie produisait du girofle, de la cannelle pas celle de Ceylan mais celle du cannelier casse dont on utilise l’écore et du poivre et de muscade. Pour découvrir un peu plus à propos de l’histoire des épices vous pouvez lire la Gazette de la Martinique suivez ce lien, pages 3 et 4 :

 

[1] THESEE Françoise. Un mémoire inédit de Victor Hugues sur le Guyane. In: Revue française d'histoire d'outre-mer, tome 57, n°209, 4e trimestre 1970. Page 473.

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En outre, il existait également un conflit de délimitation de frontières entre les colonies du Brésil et de Guyane française et donc la prise de la Guyane française par le Portugal réglerait aussi ce problème de façon avantageuse pour le Portugal.

Pour les Britanniques, ils n’espèrent pas régler un différend frontalier mais de mettre fin à des déprédations françaises contre leurs bâtiments de commerce. Je l’ai montré dans mon ouvrage « Vous irez porter le fer et la flamme[1] » Si vous l’avez lu, vous savez que Cayenne, chef-lieu de la Guyane française, a connu durant la Révolution française et le Premier Empire, une activité corsaire qui ciblait principalement les bâtiments britanniques. Bien que cette activité soit modeste, en comparaison avec celle de la Guadeloupe, à la même époque, elle a participé à la décision des Britanniques de se joindre aux Portugais ravivant ainsi une alliance ancienne entre Britanniques et Portugais.  Mais, l’apport britannique à l’attaque de la Guyane est très limité : un unique bâtiment. Car le gros des forces navales est en mer des Caraïbes. D’ailleurs, les Britanniques attaqueront la Martinique le 30 janvier 1809.

Le petit corps expéditionnaire luso-britannique formé pour attaquer la Guyane est composé principalement par des Portugais formant la majorité des troupes, terrestres soit cinq cent cinquante hommes placés sous le commandement du lieutenant-colonel Manoel Marques. Les Portugais apportent également des moyens maritimes : deux brigs le Voader et l’Infante complétés par des bateaux de taille plus modestes[2].  Le capitaine de vaisseau britannique, James Lucas Yeo lui est à bord du HMS Confiance. Il dirige la partie maritime, puis fluviale de l’attaque.

En tout cas cette coalition est rapidement victorieuse, puisque le 12 janvier 1809, la Guyane n’est plus française. Victor Hugues, alors commandeur et administrateur de la colonie, a signé l’acte de capitulation de la Guyane face à l’avancée luso-britannique. La Guyane sera donc portugaise jusqu’à ce que le lieutenant-général, Claude Carra de Saint-Cyr arrive en novembre 1817 à Cayenne et y rétablisse la souveraineté française.

 

Une attaque menée sans trop d’opposition : la prise de la Guyane française.

Les forces coalisées sont parties du port de Belém, capitale de l’état du Grão-Pará et de Rio Négro[3] au Brésil, en direction l’embouchure du fleuve Oyapock qui est la frontière naturelle entre le Brésil et la Guyane française. Ils doublent le Cap Orange et entrent sur l’Oyapock le 3 décembre 1808. Le 8 décembre ils conquièrent des établissements français dans la zone d’Oyapock, sans rencontrer de résistance.  Puis, ils vont pénétrer plus avant et les Portugais incendient l’habitation « le Collège », dans l’Approuague le 13 décembre. Le 7 janvier 1809, les forces portugaises s’emparent du poste fortifié du Diamant, à l’embouchure de la rivière Mahury. Ce poste participe à la défense de Cayenne. Le lendemain, les Anglais s’apparent du poste militaire du canal Torcy, sur la rive droite de la Mahury, en face de Dégrad-des-Cannes. L’alliance luso-britannique, en infériorité numérique, parvient à battre les Français dirigés par le gouverneur Victor Hugues. Les forces coalisées ne compterons qu’un mort Britannique et 23 blessés.  Mais très curieusement, le document de capitulation est rédigé par…Victor Hugues lui-même, contrairement aux habitudes. C’est donc lui qui fixe ses conditions. La capitulation est signée le 12 janvier 1809, entre la France et les représentants britanniques et portugais. Le lieutenant-colonel Manoel Marques deviendra, le premier gouverneur portugais de la colonie.

Victor Hugues a signé si promptement le document de capitulation que la France le traduira devant le Conseil de guerre pour expliquer les circonstances ayant conduit à la perte de la Guyane. Il sera acquitté le 11 juillet 1810. Il ne trouva plus de fonction officielle durant plusieurs années. Victor Hugues doit, son retour en Guyane française, en 1815, à sa nomination comme commissaire du roi à la délimitation des limites de la Guyane avec les Portugais en 1814. Mais il juge lui-même que cette fonction fut plutôt « honorifique [4]».

Nous connaissons désormais les motivations objectives ayant conduit le Portugal et la Grande-Bretagne à attaquer et conquérir la Guyane française.  Mais rien ne montre une volonté délibérée des attaquants à détruire les plantations d’arbres à épices alors pourquoi l’article juge que cette capitulation rapide des Français fut « honorable » ?  Donc, nous examinerons les circonstances qui ont conduit le directeur des Cultures aux Habitations royales, le sieur Poiteau, à rédiger un tel article.

A suivre: les liens de la société d'instruction avec Victor Hugues.


[1] ALAMKAN, Myriam. Ibis rouge Editions, 2015.

[2] JAMES W.M. the Naval history of Great Britain during the French revolutionary and Napoleonic wars. Stackpole books, 2002. Page 209.

[3] Cet état a le statut de colonie portugaise autonome. Donc elle bénéficie d’une certaine latitude dans ses décisions par rapport au pouvoir central au Portugal, puis lorsque le roi du Portugal et sa cour seront installés à Rio de Janeiro à partir de 1808.

[4] THESEE Françoise. Un mémoire inédit de Victor Hugues sur le Guyane. In : Revue française d'histoire d'outre-mer, tome 57, n°209, 4e trimestre 1970. Page 475.

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