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Dernièrement j’ai été assez absorbée par des projets divers. Les plus urgents étaient des textes à remettre donc je fais une petite pause dans mes corrections avant publication pour vous écrire une petite chronique.

Je sais que la tradition culinaire en France associe l’agneau au repas de Pâques. Chez moi, en Guadeloupe ou en Martinique, notre voisine : c’est le crabe qui est à l’honneur. Et cette tradition est issue en grande partie de notre héritage amérindien. Ils ont enseigné aux premiers colons puis aux esclaves, les espèces de crabes comestibles et la façon de les cuisiner. Les crabes de terre sont généralement utilisés dans les recettes de matété proposées sur le net mais vous pouvez également utiliser les crabes à barbes ou babette qui vivent dans la mangrove, ou les crabes ciriques qui vivent aux bords des rivières et également au bord de mer.  Mais de quand date ce célèbre plat qui mélange, les crabes, le riz avec du lard, des épices et surtout beaucoup de convivialité ?

Pâques : le temps du matété ou du matoutou crabes. Partie 1

Le riz n’est pas une céréale indigène des Antilles. C’est au cours du 19ème siècle qu’il va s’imposer dans les menus guadeloupéens.  Dans son ouvrage « Vivre ensemble en Guadeloupe 1848-1946 : un siècle de construction » Ibis Rouge éditions 2009, Raymond Boutin démontre que c’est l’arrivée des travailleurs indiens qui va installer durablement cette céréale dans l’alimentation locale : « …les importations de riz décollent véritablement avec l’arrivée des Indiens. La courbe suit la même tendance que celle de la population indienne recensée au 31 décembre de chaque année, et cela jusqu’en 1881. » (Page 79). C’est en 1853 pour la Martinique et 1854 pour la Guadeloupe que les premiers travailleurs indiens sous contrat sont arrivés dans les colonies pour y travailler sur les plantations à la place des anciens esclaves. Cependant, le riz ne restera pas longtemps limité aux seuls travailleurs indiens mais va se diffuser largement dans la population des îles. Nous en avons un beau témoignage grâce à Lafcadio Hearn.

Ce journaliste né Irlandais arrive en Martinique en 1889 où il va vivre pendant 2 ans. Durant son séjour, iI va recueillir des contes dont celui de « Yé » paru dans la Revue Belge éditée par  J. Goemare (Bruxelles) du 1er avril 1930 où un des personnages va cuisiner : « un excellent calalou-crabe, un ton-ton bananne, un matété cirique… » (Je vous mets en plus le lien vers le conte qui est page 19, cadeau de Pâques)

Ce qui veut dire qu’à la fin du 19ème siècle, la recette du matété s’était diffusée largement en Martinique. De plus, il n’existait pas encore de différence régionale: les deux colonies utilisaient le mot matété. Actuellement la Martinique utilise le mot matoutou et la Guadeloupe celui de matété. Je suis sûre qu’un linguiste aurait une théorie sur cette différenciation. L’historienne que je suis ne peut que noter que le mot « matété » est encore plus ancien que le plat qu’il désigne actuellement.

Valmont de Bomare (1775) écrit dans son article consacré au manihot (le manioc actuellement) que « le matété est du langou dans lequel  l’on mêle du sucre ou du sirop : les Nègres s’en nourrissent quand ils sont malades. » Il décrit un peu plus haut le langou : « de la cassave qu’on trempe dans l’eau froide, & on la jette ensuite dans l’eau bouillante : on remue le tout, & il en résulte une sorte de pâte ou bouillie qui est la nourriture ordinaire des Esclaves Noirs : elle est saine et légère. »(p 280)

Si le matété est un reconstituant à base de manioc, le matété à crabes n’incorpore pas de manioc dans sa recette actuelle. Cependant, l’idée que la consommation de matété à crabes rend fort  est exprimée dans la célèbre chanson du guadeloupéen Jomimi:

« Matété a krab ki rann nou solid kon sa
Zyann é manniok ki rann nou bandé kon nou yé wayayay ! »

(Le matété à crabes qui nous a rendus forts,…)

A suivre...

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Published by Myriam Alamkan - dans Avril 2017