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17 mai :

« Le courrier anglais qui a passé sur rade de Basse-Terre dans la nuit de mardi à mercredi a apporté la confirmation de la nouvelle qui circulait depuis plusieurs jours de l’éruption du volcan de Saint-Vincent. »

C’est un paradoxe qui n’a de sens que si vous vous référer aux avaries subit par plusieurs câbles sous-marins qui fait que la nouvelle de l’éruption de la Soufrière de Saint-Vincent est connue si tardivement en Guadeloupe. Car l’éruption date du 7 mai, la veille de la catastrophe de Saint-Pierre (Martinique), que s’est-il passé à Saint-Vincent ?

Situé plus au sud de l’arc des Petites-Antilles, Saint-Vincent abrite un volcan dont nous connaissons plusieurs éruptions durant la période coloniale. C’est par le câble anglais que le gouverneur de la Guadeloupe est finalement averti de la catastrophe de Saint-Vincent. Rappelons-nous que le câble français est encore défectueux.

17 mai 1902: les conséquences de l'éruption de Soufrière de Saint-Vincent

« Personne à la date du 15 mai n’avait pu s’approcher à plus de huit milles, du nouveau cratère, mais d’aspect de la montagne, le lac qui se trouvait en dessous d’elle avait disparu. De nombreuses fissures sur les flancs de la montagne, continuant à projeter de la vapeur chaude et à faire entendre des bruits souterrains, accompagnés par intervalles de trépidations, indiquaient l’activité du volcan.

Dans l’après-midi du 14, une colonne de vapeur et de fumée s’était élevée. Toute l’île était couverte d’un brouillard singulier, et l’inhalation de gaz nuisibles augmentait les maladies ; un corps d’ambulance de la Barbade, avec des médecins, était arrivé à Kingstown, le matin. La famine menaçait les classes pauvres des districts éprouvés ; presque tout ce qui restait des cases à nègre dans le Carib Country contenait des corps putréfiés, et l’odeur fétide chassait la population de ce district. Les corps mutilés étaient traînés au moyen de cordes, à des tranchées pour être enterrés ; dans les autres cas, on les incinérait.

La scène est sans précédent dans l’histoire de la colonie. Le Gouvernement nourrit et abrite en ce moment un peu plus de 3000 personnes.

Aussitôt que le Gouverneur a eu connaissance de ces tristes nouvelles, il a adressé au Gouverneur de Saint-Vincent, le câblogramme suivant : « Sommes informés des catastrophes qui éprouvent Saint-Vincent comme la Martinique. Je vous prie d’agréer, à cette occasion, l’expression de ma profonde sympathie et de celle de la population de la Guadeloupe.

A la dernière heure, M. le Représentant du câble anglais a fait passer au Chef de la colonie la note suivante :

Sainte-Lucie, le 16 mai 1902.

Le vapeur des Etats-Unis Potomac, arrivé ici hier soir de Saint-Vincent, rapporte que son cratère est tranquille ; mais un peu de cendre tombe. Les habitants sont très anxieux, craignant un repos momentané du volcan.

Les rapports officiels disent qu’on ne peut avancer à plus de 5 miles du volcan, à cause de l’intense chaleur. Le lac du sommet semble avoir disparu. Toute la contrée de Carib est couverte de la terre volcanique.

Plus de 5 000 personnes sont sans asile, et 2 000 personnes au moins ont péri déjà. » Journal Officiel de la Guadeloupe 17 mai 1902.

The crater of the Soufriere, St Vincent in 1837. drawn by Lt. Caddy

The crater of the Soufriere, St Vincent in 1837. drawn by Lt. Caddy

Tous les extraits ci-dessus ont été publiés par le Journal officiel de la Guadeloupe du 17 mai 1902. Il n’y a pas de récit de la catastrophe du 7 mai. Il n’y aura plus de note du représentant du câble anglais parlant de la catastrophe de Saint-Vincent durant le mois de mai. Sa dernière notre, publiée le 31 mais concerne en revanche l’arrivée prochaine d’un nouveau câblier pour remplacer le Grappler et les 4 portions de câble qui ont subis des avaries le vapeur-réparateur Newington quittera Londres dans les trois semaines.

Pour le Journal Officiel de la Martinique, il n’y aura aucun article sur l’éruption du 7 mai. La population a dû être avertie de la crise volcanique à Saint-Vincent par d’autres moyens car le 20 mai, le journal publie ce câble : « Londres. On dit que le Ministre des colonies va donner l’ordre d’abandonner complétement l’île de Saint-Vincent dont la population serait répartie dans les autres Antilles anglaises. »

La majorité de la population Caraïbe présente dans l’île est décimée. Avec elle péri une grande partie de notre mémoire amérindienne car Saint-Vincent et la Dominique ont été les îles-refuges des amérindiens après la signature de convention Franco, Anglo-Caraïbes de 1660 signée au Fort Saint-Charles (actuellement Fort Delgrès, Basse-Terre, Guadeloupe) mettant fin aux guerres contre les Caraïbes. La réserve Caraïbe avait une plus importante population à Saint-Vincent qu’en Dominique, après l’éruption de 1902, c’est le contraire.

L’évacuation d’une partie de la population face aux manifestations du volcan de Saint-Vincent, n’est pas relayée dans les journaux de la Guadeloupe ou de la Martinique mais apparaît dans l’article de l’Associated Press que nous avions déjà évoqué pour l’éruption de la Montagne Pelée. Pourquoi cette évacuation n’a pas concerné les amérindiens ? La disparition quasi-complète de la population Caraïbe de Saint-Vincent a été occultée par le nombre considérable de victimes de la Montagne Pelée.

Saint-Vincent et les Grenadines ont tenté de faire inscrire le parc volcanique de la Soufrière auprès de l’UNESCO au Patrimoine Mondial de l’humanité, sans succès.

La série sur les éruptions de 1902 se poursuivra dans quelques mois avec un article sur la destruction des villes d’Ajoupa-Bouillon et du Morne-Rouge en Martinique le 30 août 1902. Alors que je termine cet article, je repense aux paroles d’un chant de marin de la Guadeloupe : « Crocodile, mon beau navire. » Il disait : « Crocodile mon beau navire, brillait comme un volcan. » Evoquait-il les orages volcaniques, visible lors de certaines éruptions volcaniques à la fin du XIXème siècle ? Mystère.

Pour aller plus loin la description de l'éruption du 7 mai en anglais suivez le lien.

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Published by Myriam Alamkan - dans Grand dossier